LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et motsletratag86@gmail.com

Fracas, fleur, rocaille, voisinage

 

Le jeu était d’écrire en trente minutes un texte à partir de ces mots fournis malicieusement…

 

Le Marchand d’Histoires aime bien la malice !

 

J’ai quitté avec fracas l’exquis voisinage de la fleur de rocaille.

 

Hi hi ! Tout est dit, la commande satisfaite.
Un marchand ridicule se vante de faire du sur mesure avec ce qu’on lui donne. Mis au défi, il capote lamentablement devant quatre ou cinq mots, comme le matamore recule face à la pintade ragaillardie par le retour du Clemenceau ! Passe à autre chose !
Le ciel a laissé tomber des nuées de billes pour que nous puissions retomber en enfance le long des caniveaux. Mais je n’ai pas le ton pour me faire entraîner par ces mots et décoller un peu vers d’autres contrées. Le ballon pourtant chaud ne veut pas s’élever. Il est lourd et tassé sur le sol, la nacelle en osier immobile et vaine au milieu d’un champ. Debout sous l’orifice mouvant, je fais hurler les brûleurs. Rien n’y fait. J’aimerai pourtant bien aller taquiner ce petit nuage plus clair qui va vers l’est, le regarder à même hauteur, dans les yeux. Il ressemble à ce fragment de choux-fleur tendre que je roule dans une béchamel aux câpres avant de le dorer au four sur une tranche de pain noir aillé. Mais je m’égare et la commande reste insatisfaite. Le client ou la cliente va hurler, exiger un remboursement des arrhes, menacer de procès, maudire ma destinée et ma descendance… Au moins. Mais il y a un problème : il est presque midi et je commence à avoir faim. Au risque de mourir sur le champ, sec et vidé de toute substance, je m’accroche à ce travail pour la gloire de….je ne sais plus.
Le fracas. Bon dieu cela me relance la migraine et la grippe qui rôde se frotte les babines. Quel bruit fait ce mot lorsqu’il s’abat au milieu de ma feuille. Je vais lui baisser le son le transformer sans qu’il s’en rende compte…Ce sera le frac à Buster Keaton, cette tenue ridicule et mondaine. Déjà le niveau sonore baisse.
« Il a remis son frac pour aller au dîner de la baronne (Les rois maudits livre 92 chap. 145) »…c’est moins bruyant que
« le fracas des épaves de voitures jetées en tas par une pince monstrueuse, monseigneur (Richard III acte 2 sc. 1).
Fleur de rocaille. Pas facile de ne pas associer avec le parfum . Mais si je glisse discrètement, j’arrive à « fêlure de racaille » (Sarkonazi, philosophe franco-hongrois, Déc 2005 RTL). C’est plus gérable et cela ouvre aux pages sociétés des magazines. Je fais grâce au lecteur des considérations sur le langage en politique et la vraie nature des jeunes de banlieue… Pour cela lire la presse concernée. Faut pas tout de même exagérer, je ne suis pas là pour faire la synthèse de la presse magazine à des fainéants qui ainsi se dispenseraient de la lecture enrichissante de ces trésors enviés de la culture française qui est, c’est évident, la plus grande de France au Monde ! Non mais !
Exquis. Une once de délicatesse, un frémissement qui fait fermer les yeux et chercher de la narine une odeur, un petit courant d’air qui ramène son odeur, celle d’un vallon ou celle de son cou, celle d’un massif ou d’un rôti presque prêt. Odeurs, amours et cuisine, sexe et gastronomie. Un vrai faux débat pour émissions Alarue… Je devrai proposer le thème et leur vendre. Peut on vendre de l’exquis ? Il vaut mieux vendre de la merde, c’est plus commercial.
Mais voici que je m’égare et que l’occasion de disserter sur, pour une fois, un mot noble et distingué, qui fait former avec la bouche un rictus particulier pour extraire le x et lui adjoindre correctement le i qui suit. Et ma mauvaise nature aidant je repars sur des considérations prosaïques sans respect aucun pour la commande de mon client ! Horreur, sauterelles et putréfaction, je me damne à cette heure !
Quitter. Pour clore une commande il faut un emballage, un bolduc propre et frisé avec le plat d’une lame de ciseau. Il faut aussi un petit saut, un salut de sortie de scène. Mais alors là je suis nullissime. La dinde me dit parfois que je devrai ouvrir un conservatoire pour nuls et que je gagnerai ma vie. Mais elle dit cela car je l’ai menacée souvent de finir dans les cales d’un navire, confinée, voire confite avec ses compères et mères gallinacés. Alors forcément elle est un peu mesquine. On s’entend pas mal mais elle a du mal à supporter mon « humour ». C’est compréhensible qu’une dinde ne soit pas au diapason et que parfois elle envisage de me quitter, de reprendre sa vie errante et sauvage de grande chienne de prairie qu’elle a toujours prétendu être. Il faut vous dire qu’elle imite parfaitement le cri du chien jaune, du coyote, et que parfois mes voisins du bureau d’à côté se plaignent. Comme il faut aimer les bêtes, ils me laissent tranquille après avoir un peu cancané.
Alors que moi, la dinde je lui dis :
« quitte moi nous sommes quittes, mais fais gaffe Guiguitte, c’est du quitte ou double, car le monde est plein de dangers et d’américains fanas de thank’s giving » Mais vous savez ce que c’est, dans le fracas des fleurs de rocailles exquises, elle n’écoute rien et parle seulement de me quitter comme s’il s’agissait d’un voyage d’agrément. Sale bête !
Je me rends compte en tremblant que je n’aie en aucun cas assuré une dimension érotico poétique dans ce texte. Je suis atterré. Que va penser la postérité ?
Pour me rattraper je dirais juste
« juste au dessus du genou que ma langue quitte à regrets, il y a la tiédeur exquise de l’intérieur de ta cuisse, douce et plus odorante au fur et à mesure que ma bouche remonte vers cette fleur mouillée qui ventouse nos lèvres et m’entraîne dans des fracas intérieurs, des avalanches, des falaises de rocailles qui m’enfouissent sans que je songe à m’échapper. »
(Dien Bien Phu, des hommes des vrais, Marcel Bigeard tome 2, 3° édition)
Bon j’avoue j’ai été obligé de pomper sur le général B pour arriver à quitter ce texte lamentable.
La maison, pour s’excuser, offre l’apéritif.

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