LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
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Prologue

Suivre les étoiles et les faiseurs d’or, tracer la dune des sillons souples de nos fuites, les douleurs se tassent et ne me font plus peur. Un temps perdu me regarde souvent, avec des gestes rassis et des bouches amères, de petites destinations tremblées après les fatigues de ces nuits fièvres.
J’ai fait la liste de ces retours envahis, les amours en pastels et les vents du grand ouest. De la haut les brisants caressent le grand banc, dentelle de mousse brillante dans la nuit limpide. Un jour je me ferai surprendre dans ces tas de quartz en poudre, pris dans les trajectoires de la voie lactée, une nuit de juillet, la tiédeur et le silence immense reprendront toutes mes forces pour m’envoler vers l’anse douce d’Arguin, décor intact qui luit devant ma bouche, prête à y mordre, car la lune l’a doré à point.
Des bouts rougeoyants se dandinent au loin, sans qu’il me soit possible de savoir la distance. Deux lucioles avec des bouches à l’autre extrémité de la cheminée de tabac, quelques sons essoufflés me parviennent soudain, puis rapidement d’autres qui forment des mots. Tu me cherchais, et Flo te suit de près. J’ai vu ton ombre sur la dune. Bonne idée. Nous sommes montée. La maison nous attendra encore un peu, jusqu’au nouveau réveil sans doute. L’air est immobile au ras du sable, le soleil nous a laissé de la chaleur pour la nuit. Un bateau petit fantôme semble bien plus beau dans les passes nord, filet triangle clair, au hasard de la masse sombre de l’océan qui s’approche. Je vous ai retrouvées, les deux amies jalouses. celles qui ne se lâchent pas car jamais à distance, toujours si proches dans leurs silences et leur vie à part. Comme Paco avec Claire, cet olibrius qui rode partout sans arriver à laisser tomber son rire sur les flaques d’huile sale des trottoirs urbains. Il ferait bien de mûrir celui-là, à la campagne, sans bistrot ni cinéma pour alimenter ses rêves de pacotille, ses parfums de pluie, ses nuits agitées, ses musiques étincelles d’étranges absurdités.
Ce bric à brac, ces immondices délicieux, je te les offre, comme on lègue des vieux livres, sans souci de leur valeur, mais par fidélité aux mots et aux images, à ces instants d’odeurs, à ces mains partagées, à ces gestes finis dans des baisers farouches.
Je les offre un peu comme on souhaite des voeux, mais pas comme des bonjours, ou comme des bonsoirs. C’est plus du miel brun et ferme, sur une tranche de pain chaud et grillé, lorsque le suc et la mie se lient d’une amoureuse tiédeur, à pleine bouche, parfums mêlés.
Cette année, c’est sûr, autant que l’an passé, je vais mettre de l’ordre dans mes mots, assouplir mes phrases, ne pas faire ailleurs ou comme ici, frotter la paille contre le dos du cheval, faire bouchon de tissus, adoucir les raclées, soigner les allées du jardin, aligner cordons et ficelles, lâcher mes ballots de hargne et avancer doucement sur l’eau lisse de la rivière.
Résolution, encore une clause de début d’année, un vice commun, bien engrangé dans nos toits, sans que personne ne trouve à sourire. L’Algérie s’éventre, la télévision gâche les fins de repas. C’est un comble que d’avoir supporté ainsi durant les fêtes ces clichés d’un monde perdu où notre civilisation de la raison n’a pu faire son trou, même au prix d’un million de morts. Rocky est gentil, il va venir pacifier et fournir en hélicoptères de combat ces douces vallées, ces forêts rudes, ces lambeaux de désert, les tarmacs des usines à gaz. Ca sert l’argent de se mirer avec tranquillité dans les folies des hommes, à condition qu’ils soient autres, étrangers, pas là, loin, de l’autre côté de nos vérandas, de nos jardinets et de nos caddies de superette. Tout va bien si le spectacle ne dégouline pas sur mes pompes cirées, avec en plus une tenue des pauvres gens qui souffrent et qui ne se rendent même pas compte de tout ce qu’on a fait pour eux, nous les préoccupés du social et du sort d’autrui. Ils sont incroyables de ne pas reconnaître nos mérites et nos délicates attentions. Notre compétence est immense, puisque nous sommes là et toujours là. Nous sommes les professionnels de l’affaire publique, les politiciens que le monde entier nous envie, les professionnels de la chose , la chose.

Alors ne nous parlez pas de dormir dans la plume ou de laisser les mots voguer et se cogner parfois. Tout le monde dehors, la main pas loin du poing, sur un air de jazz ancien, plein de poussière et de regards fardés, un paquet de lucky posé sur le rebord de la fenêtre.
J’aime pas le jazz, balance un slow. T’es un vieux style, une misère, sans intérêt, pas baisable pour deux sous, même sur les banquettes d’une calèche de la villa Borghèse.
Bien, alors changeons de registre, passons sur ces lubies et revoyons tout. Tu parles de mettre un peu d’ordre dans ton dictionnaire, mais tu refuse de le ranger par ordre systématique. Tu as des malices et des astuces, bien pensées et glaçantes parfois. Mains abîmées, sur un verre plein de liqueur, tu sembles penser à des oiseaux de mer, vers tes dunes et ce satané océan qui ne charrie que des nappes de fuel et des chalutiers industriels.
Ok j’arrête de me taire et je vais t’expliquer pourquoi je n’ai rien à dire. J’écris la même histoire depuis des heures et tu ne m’aides pas. J’ai envie de silences et de tes mains sur mon dos, de ta bouche contre la peau de mon épaule, et de choses simples comme cela. Tu vois?
Non,…. j’attendrais. J’aime aussi attendre.


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