LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et motsletratag86@gmail.com

Dans le fond des cartons

La pile de cartons pliés penche dangereusement. Demain soir au plus tard la maison sera garnie de cubes bruns bardés de ruban autocollant et d’étiquettes griffonnées. Pour l’instant tout était encore en ordre, de cet ordre suspect qui prévient d’un tourbillon proche.
J’ai tiré une armoire et retrouvé quelques mots qui avaient glissé d’une enveloppe brune. On retrouve plein de choses dans les déménagements.

Marie rentra dans le couloir mauve. Elle l’avait baptisé, comme chaque pièce de la maison, rajoutant une note de couleur, en fonction de la lumière. A huit ans, Marie avait des avis secrets sur tout, un regard picorant les images autour d’elle. Sage et réservée, elle passait pour rêveuse avec ses longs regards qui balayaient les gens, les meubles, l’horizon d’un paysage.
Les mots des adultes la laissaient songeuse, sans réplique catégorique mais avec un petit sourire au coin des yeux.
Elle traversait la vie comme une balle rebondit dans le goulet des escaliers d’une ruelle médiévale, vive et brinquebalante, sautillante et assurée d’arriver en bas.
Elle passait aussi des longs moments de jeux solitaires à construire des mondes complexes peuplés de héros très variés, de princesses sages et parfois folles, de chevaliers ou de guerriers tantôt sympathiques tantôt terrifiants. Elle aimait bien jouer de ces registres, mélangeant dans des scénarios compliqués les personnalités de ces fantômes du jeu. Les poupées, objets et figurines luis suffisaient à enjamber la réalité habituelle des scènes enfantines. Elle ne s’attachait pas trop à ces détails comme si construire une île déserte ne nécessitait qu’une bassine et une pierre au milieu.
L’école lui procurait des matériaux pour enrichir ses histoires de détails et de nouveaux éléments. Les pirates pouvaient ainsi se retrouver à Pech merle discutant avec des croisés devant la dépouille d’un auroch. Les archers du roi laissaient blanche neige câliner doucement un jeune communard épuisé dans une clairière bretonne, sous l’œil attendri d’un druide du temps d’Arthur. Les couleurs et les bruits, les langues et les parfums de sous-bois n’avaient pas de limite. Elle construisait sans cesse, avec la patience et la méthode d’un apothicaire se concentrant sur une préparation magistrale.
Marie aimait bien classer les lumières, comme on aligne les feuilles entre les pages de l’herbier. Elle les repérait et leur donnait des noms, les retrouvant toujours avec plaisir.

La vue des cartons lui rappela soudain que les adultes avaient décidé pour elle, que sa science des couleurs n’empêcherait pas le départ de ce village aimable qui l’avait vue grandir.
Elle agita ses cheveux fins pour libérer le regard et resta un moment songeuse. Une fine poussière flottait dans l’air, la lumière soulignant chaque grain en suspension. Avril finissait dans la douceur, Marie aurait bientôt neuf ans, dans une autre maison, avec d’autres gens.
Trois mois auparavant, les journaux avaient titré plusieurs jours sur l’effroyable accident d’avion du Mont Ste Cécile. La polémique n’avait pas concerné Marie mais ses parents ne reviendraient plus. Irma l’avait dit comme ça, doucement puis avec des sanglots dans la voix. Ses frères et sœurs allaient s’occuper d’elle. Il fallait bien. Cette expression intriguait Marie. Elle connaissait « aimer bien », « se sentir bien », mais « fallait bien » avait des résonnances étranges, des accents de fatalité dans la bouche des adultes de son entourage.
Elle n’avait pas protesté à l’idée de partir vivre à trente kilomètres, dans un bourg bien plus grand, où personne ne se connaît.
Elle y « arrivera bien » avait assuré Irma, la voisine âgée qui l’avait accueillie comme toujours, le soir de l’accident. Depuis sa naissance, Marie avait deux maisons : celle de ses parents et celle d’Irma, sorte de grand mère adoptée, voisine de cadastre et de vie, îlot de tendresse et d’humanité en dehors de sa famille immédiate. Une borne de granite tiède hiver comme été.
Marie ne savait pas que la vallée renferme les vermines au cœur des étés. Vaut mieux ne dormir qu’à demi pour comprendre les hommes répétait parfois d’un air absent la vieille Irma.
Marie ne comprenait pas, regardant le feu repartir à chaque brindille. Irma lui laissait rajouter des petites branches, préparées pour elle dans un baillot de bois sombre, patiné par des décennies d’usage quotidien. Ce panier de vendangeur, avec ses cinq planches ajustées et son anse de châtaigner, posé au bord d’un chemin signait la présence d’Irma comme un phare annonce l’estuaire.

Irma racontait parfois des histoires de la ville, d’un Paris plein de figures et de souvenirs. Marie écoutait sa voix, sans comprendre trop les mots enfilés, le tricot soyeux qui se déroulait dans la pièce tendre et sombre.
La nuit fait lever une rumeur, berce les cœurs et toucher les peaux. Les chars d’assaut s’éteignent sur l’écran, les visages gris des afghans déclinent leurs ruines fumantes, entre pourquoi et comment. A la Goutte d’or, le gros Nestor n’est plus dans les yeux de la douce Isabelle. Elle a passé sa vie à danser entre pluie et vent, cessant de sourire lorsque le gros cessa de jurer vers le ciel, un matin d’octobre, sans déranger personne. Nestor avait une fille avant de connaître Isabelle. Une fille de la furie de vivre, calme et douce parfois, comme toi, qui n’a jamais connu la belle vie. Sa jeunesse épanouie, elle l’a passé dans les cuisines d’Amédée, au Bouillon Cricq, à faire la plonge. Des clients la remarquait mais elle n’avait pas envie de ces vieux fripés et mous et préférait partir marcher vers la Seine, le long de ces avenues qui brille de vitrines inaccessibles. La vie elle l’a vécue avec les intérêts, entre les reflets des vitres et les cendriers puants, les allusions à sa féminité naissante et les grognements d’Amédée.

Faut-il chanter ou taire les histoires des autres? Irma ne répondait pas à ces questions, l’entourage de Marie non plus. La solitude arriva un soir, sans fracasser, à bas bruit, comme un lointain cousin. Marie se retrouva seule, plus que jamais entourée, loin des brindilles d’Irma et des doigts bleus des matins d’hiver. Une histoire à rendre fou quine l’étonnait pas.
Comme fendre du bois et garnir un bûcher apaise et fatigue, remplit le corps de cadences lentes et chaudes, Marie conservait à l’abri des images et des musiques, toutes celles qui lui passaient à portée. Dans les instants de vide et de douleurs, elle ressortait en douce les trésors des jours sans joie, les alignant dans ses rêves avec méticulosité. Elle avait ainsi dans sa tête des tiroirs de rêves prêts à servir, dénouant un fil du paquet et s’éloignant de toutes les terres pour voguer au delà de la nuit qui vient, intouchable et sereine.
Elle aimait ses pays au loin, son royaume de cire dorée, ses montagnes de sucre et de réglisse, les personnages variés qu’elle y invitait.
Décidée à être immortelle, vers douze ans, elle envisagea de faire profiter les autres de ces voyages.
Une première déception fit suite à sa première tentative auprès de sa sœur aînée. Elle pensa que sa jeune protégée se réfugiait dans la « variété » (c’était son mot). Marie aurait mal vécu l’avalanche de deuils : ses parents, puis Irma, ainsi qu’une cousine qu’une maladie ignoble avait emportée, dans le silence familial, douleur prévisible que l’on tait pour protéger les enfants les plus jeunes. Marie avait compris très vite les enjeux, écoutant un peu derrière une porte les manigances de son frère et de sa femme à ce sujet.
Elle avait un problème majeur, celui d’être bien plus forte que les adultes autour ne le pensaient. Lorsqu’un problème surgissait, elle pensait toujours que le pire n’était pas arrivé et qu’il y aurait bien dans la vie d’autres évènements plus agréables.

Une après-midi de juillet -elle avait treize ans- elle sentit couler contre sa jambe un liquide chaud et inédit. Parfois, sous la douche, ou au bord du lac, elle avait pris un grand plaisir à laisser son corps de vider doucement de cette urine chaude. Mais là c’était différent et elle comprit qu’elle avait encore changé, que sa vie de femme avait commencé. Sa sœur ne fut pas trop gênée mais s’affaira surtout à la nettoyer et à l’équiper, ne lui donnant qu’un minimum d’explications.
Parfois le ventre durcit un peu et des tensions chaudes le traversent. Chaque mois c’est pareil et après deux jours, le sang en trop s’en va doucement et cela fait moins mal, voire plus du tout. C’est qu’il faut de la place pour préparer d’autres petits œufs tout neufs. Et ça recommence presqu’un mois après. Si la petite princesse passe devant le monument aux oiseaux et rencontre son amour de mille ans, leurs tendresses grossiront jusqu’à faire peut-être un enfant, et la mémoire s’envole pour laisser la place au vibrations de la terre. La princesse s’arrondira pendant des mois doucement et aura de la peine à marcher. Lorsque la Lune s’envole loin de son corps, la princesse sent qu’elle va couver un petit bien au creux de sa chaleur. Son Jean usera ses souliers à s’extasier et à fissurer le ciel avec des projets de pharaon. Tous les deux reconstruiront la terre chaque nuit et vivront comme des oiseaux railleurs, doux et pleins d’ailleurs magiques. C’est ce qui t’arrivera peut-être avec ta vie et tes amours, un jour de ciel immense. Tu auras des tendresses à avoir peur, des étoffes rougies, des fatigues délicieuses, anti-poèmes contre la maladie de mort et les angoisses des autres.
Marie se souvenait des mots d’Irma comme d’une prière. Des années après sa disparition, elle retrouvait les strophes entières de ces histoires, se rendant compte confusément qu’elle avait ainsi légué à une petite fille fascinée par le feu des brindilles pour la vie, de quoi faire danser flammèches et tisons pour des siècles.
Adolescente, elle découvrait aussi l’envie de lire et de rajouter encore des histoires à ses collections de voyages. Ecrire aussi lui procurait des frissons tranquilles, comme jaillissent des cris d’enfants lorsque se lève un soleil somptueux après une nuit d’orage.
Dans un pays que Marie ne connaît pas il y a des maisons et des cafés, des gens dehors qui croisent leurs yeux et leurs mots, des musiques qui poussent à danser au lieu de marcher. Marie ne connaît pas tous les pays et s’en soucie. Elle sourit devant la vitrine d’une agence de voyage en enregistrant les images des catalogues. Le monde rentre ainsi dans ses rayonnages, collages subtils de contrées associées, montages soigneux, soleils enfumés d’odeurs mystérieuses, pierres chaudes et plaines immenses, portes colorées, silhouettes rapides, montagnes délicates, animaux inattendus.

Ses études suivaient un cours paisible : sans zèle particulier, Marie gravissait les chemins de son âge, ayant pour but de ne pas trop tarder à gagner sa vie, son autonomie rimant sur ses choix. Son existence familiale était agréable mais lourde parfois, sous l’œil anxieux de sa sœur, femme de grand cœur au point d’inonder ses proches d’angoisse transformée en principes. Car Marie, vers seize ans, doutait déjà de la validité divine des principes. Elle observait bien comment les adultes jouaient avec et les désagrément qu’il y avait à les appliquer au pied de la lettre. Sa vitalité et ses rêveries s’accordaient dans un comportement acceptable qui ne lui valait que peu de remontrances. Tu es une fille facile entendit-elle un jour. Elle avait lu la même expression dans un roman, mais dans un tout autre contexte. Cela la fit rire. Car justement, sur ce plan de la sexualité, elle n’avait pas envie de l’être, facile. Elle avait découvert des émois bien agréables, parfois accidentellement mais veillait à ne laisser aucun garçon se lancer dans des explorations qui ne lui plaisait pas. Elle n’en avait pas peur mais voulait avant tout choisir.
Les regards des hommes lui plaisaient bien, ceux des garçons de son âge aussi, mais elle en riait sous cape, sans impatience. Un ou deux amoureux avaient bien tenté leur chance, avec gentillesse mais dans un total manque de fantaisie. Pas de chance pour eux, ils n’avaient pas assez de rêves sur eux pour la convaincre.
Marie était devenue une belle jeune femme, étudiante et assez libre, logée chez une parente peu exigeante, dans une grande ville. La ville, ces espaces et ces visages anonymes, ces rencontres improbables l’excitaient beaucoup les premiers mois. Puis blasée, elle découvrit surtout les recoins et les endroits particuliers, y nouant des relations agréables, quelques haines solides aussi.
Marie trompait son monde avec finesse, d’une humeur égale et d’un calme assez silencieux. Derrière ses yeux mobiles des jugements tombaient, malicieux ou définitifs, câlins ou terribles, suivant les cas.
Gabor en fit les frais. Jeune metteur en scène d’une troupe d’étudiants, il pavanait un peu trop à son goût mais lui plaisait assez, contradictoirement. Marie assistait souvent aux répétitions de son amie Emeline et finit par se faire remarquer de tous les garçons présents, avec son regard en dessous et ce sourire à peine esquissé qui l’éclaire parfois d’un jet. Gabor avait pour principe de tenter avec chaque fille d’entamer une aventure. Il était réputé pour cela. Emeline avait fait les frais d’une soirée arrosée, la passion s’étant éteinte avec la chute du taux d’alcoolémie, le lendemain matin, après des étreintes très moyennes, avait-elle avoué sans peine à Marie. Gabor se fixait manifestement de séduire Marie qui s’amusa bien de cette cour délicate et brillante, du regard des autres, excitée aussi par ce type, assez beau et drôle. Elle ne refusa pas les invitations et le mena par le bout du nez jusqu’à ce qu’il estime qu’il y avait un problème. Elle commençait à déguster une énorme glace décorée comme un sapin de Noël lorsqu’il lui demanda tout de go de faire l’amour avec lui. Gabor se fissura en entendant son rire. Elle entreprit alors de lui expliquer qu’ils avaient du temps et qu’elle voulait d’abord savoir s’il avait des histoires à lui, des images à lui, des musiques à lui, des mots doux à lui…
Gabor ne comprenait pas, persuadé de sa richesse, plein des mots et des phrases des autres, de ces auteurs magiques qui peuplent les théâtres. Marie eut beau lui expliquer que ce qui pourrait la séduire serait des mots exclusifs, des phrases inconnues inventées pour elle, il ne comprit rien et devint assez agressif, retournant contre elle sa frustration. Marie se leva et le planta là sans rien dire. Elle avait un peu envie de rire, un peu de pleurer. Elle partit au cinéma pour mélanger tout cela au mieux.
La semaine suivante il se montra odieux lors du pot suivant la répétition. Elle se laissa faire un quart d’heure puis réclama le silence et raconta une histoire d’Irma, d’Irma la douce, d’Irma la morte, tellement présente ici et partout.
Un homme puissant venait souvent les jours de marché faire admirer son équipage. Ses serviteurs en livrée tourbillonnaient autour de lui, gardaient son cheval et portaient sa bourse. Il jetait sur les gens un regard rieur et souverain, choisissant en premier les marchandises, la meilleure table de l’auberge, bien en vue des passants. Un dimanche de juin, il demanda à un marchand de noix si sa fille cadette pourrait venir à son domaine pour le servir. Sans attendre de réponse il fit poser une bourse ventrue sur l’étal de planche, au milieu des noix et partit en réclamant la présence de la fille le lendemain à midi.
La fille ne put rien dire sur le champ, tancée du regard par son père qui empocha l’argent. Une fois éloigné, il ne vit pas la scène suivante…
La jeune fille secoua ses cheveux roux, les dégageant d’un foulard triste et ameuta les personnes autour:
« je vaux cent piastres, dix écus ou trente deniers? Je vaux moins qu’une truie grasse? Je suis à vendre? Que dois-je accepter? Que mon père me monnaye pour refaire le toit de la grange? Ecarter les cuisses pour qu’un hobereau me remplisse de sa morgue? Que dois-je faire? Vous baissez les yeux? Vous regardez vos chausses et votre ventre assoupi! Mes cuisses ne s’ouvrent que pour les caresses des mots de mon amoureux, pour ses rêves et ses caresses, car il me rend chaud et me raconte le monde, m’emmène au fil des fleuves et des océans. Mon ventre et mon cœur sont hors de prix, car ils ne sont pas à vendre! Mon père que feras tu? Si tu acceptes, tu ne sera qu’un vil maquereau, digne de te faire bastonner par des routiers et des gueux. Mon amour t’arrachera les poils de la barbe et te fera honte le long des chemins, dira partout comment tu fais de ta fille une garce de rien.
Je suis remplie des mots de la vie et ceux qui sortent de la bouche de cet homme ne sont que des libelles d’usurier qui confond la tendresse et l’amour avec la flatterie d’une bourse d’or. « 
Le père, ébahi, sourit et répondit à sa fille:
« Tu me fais de la peine d’envisager tout cela ma fille. La douceur de ta peau et le calme de tes yeux ne va point avec ces discours acerbes. Rassurez vous tous mes amis. Si je suis propriétaire de mes gorets et de mes noyers, je ne le suis pas de mes filles. L’homme a posé un tas d’or et je lui livrerai la juste mesure de son or, en noix. Toute ma récolte est vendue, vous en êtes témoins. Pour fêter cette vente magnifique, allons boire et rire des puissants qui confondent l’or et le soleil, la force de la prétention et celle des mots! »

Gabor ne disait rien. Personne ne disait rien. Marie prit dans sa main celle de Stéphane, le silencieux du groupe, se leva et partit avec lui.
Ils marchèrent jusqu’aux canaux sans mot dire et elle le regarda en riant. Stéphane était livide, complètement sidéré. Marie se serra contre lui et lui murmura à l’oreille quelques phrases. Ils repartirent vers une ruelle, poussèrent la porte sans hâte et montèrent deux étages. Elle referma la porte de son petit appartement, en mettant le verrou. Stéphane gisait immobile, debout, planté comme un Christ descendu de sa croix et pris par le gel dans un champ de navets. Marie le serra contre elle doucement et lui dit simplement qu’elle avait envie que ce soit lui qui la déshabille. Il serait le premier à le faire.

La nuit fut très douce dans ce petit logement sombre. Stéphane avait du mal à parler et Marie lui arrachait des bribes. Recollées les unes aux autres elles constituaient des continents qui se rejoignaient, des bosquets qui faisaient des forêts, des étangs de lacs et des océans…
Marie était curieuse de tout mais timide face à ce corps inconnu et suprenant. Stéphane avait la peau très douce et sentait bon. Il avait une retenue qui permettait à Marie de découvrir doucement les accords de leurs corps, leurs creux et leurs bosses, sans faire de plaies. Elle le prit en elle comme on déguste un verre d’eau fraîche un soir d’été, lentement, sans douleur, jusqu’à la dernière goutte. Stéphane pleura de bonheur et lui demanda qui était Irma.
Elle prit sa tête sur sa poitrine et lui raconta mille histoires. Il s’aventura a lui confier les siennes, pleine de mers et de bateaux, de vents et de falaises, salées et beiges, grises et râpeuses. Elle eut envie de partir naviguer avec lui et leur lit tangua longtemps jusqu’au matin.
Lorsqu’ils se réveillèrent, leurs bouches avaient des saveurs de sel, leurs mains se cherchèrent aussitôt, leurs peaux avaient besoin encore de se frotter pour vérifier que la vie avait bien encore de la chair. Le ciel dehors se fissurait comme l’avait ordonné Pharaon dans ses projets d’architecte immense. Les murs bleu et le plafond blanc étaient crépis de mots variés, projetés pendant des heures au gré de leurs tendresses.

Des années ont coulé.

Marie a deux enfants Jan et Jutta. Stéphane aussi, ce sont les mêmes.
Gabor est chef des ventes à la FNAC rayon littérature. Ils ne se sont jamais revus.

Moi ?… je n’ai pas osé les déranger et j’ai perdu leur trace ces dernières années, leur trace mais pas leurs histoires.

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