LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et motsletratag86@gmail.com

Coller n’est pas jouer

collage ASQ

S’obstiner à coller et recoller des morceaux de papier, comme certains retapissent des chambres, pour enlever des souvenirs, pour en créer d’autres, se sentir autrement. Ou bien tenter sans cesse une recomposition vaine de la complexité. Décrocher sans cesse des logiques enfumées pour associer, en dépit du bon sens, des traces et des morceaux, des regards et des teintes, des fragments biens épars, étalés ici ou là, comme des cristaux de couleur sur une plage de sable blanc.

Le collage est une activité partisane.
Il suppose un laisser aller complet, avec la minutie qui convient, l’obstination aussi. Au bout d’une heure le bout des doigts est sale, collant et douloureux. Parfois la peau saigne lorsque le ciseau précis deveint hasardeux et que l’image se confond avec la chair de la main. Petit à petit les aspects et les formes se répandent, s’interrogent et se calent l’un contre l’autre, sans façon. Je suis obligé souvent de les imposer, de les brusquer quitte à revenir dessus et y rajouter un lambeau, liant leurs sorts de meilleure manière, à mon goût.
Le plus compliqué est de maintenir un niveau valide d’obstination, et d’accepter ces regards qui remontent des images étalées, ces yeux multiples et ces postures figées en attente d’un envol.
Il faut résister et ne pas se mettre à envisager une logique formelle, un respect des personnages, une filiation, un sens bien annoncé. Sinon le colleur ne fait plus sa loi. Il est balloté par les morceaux de papiers et toutes ces figurines qui dans un tintamarre muet l’obligent et le menacent. Il n’a plus qu’à obéir et à assembler des portions, comme on remplit une boite de fromage fondu Grojean, en deux couches, les pointes vers l’intérieur, bien en rond.
Amis colleurs, colleuses et petits colleurs, sachez être méfiants envers ce petit peuple de papier qui n’a l’air de rien et qui n’attend qu’une faiblesse de votre part, qu’une baisse d’attention pour vous immerger, vous séduire, vous dérouter et ne plus vous lâcher. Tenez fermes les ciseaux et le bâton de colle, et dépecez, contournez, détourez, déchirez, sans autre souci que de faire une autre image, de mettre au monde de l’oeil un imprévu de plus, sourire d’un instant peut-être mais sourire unique et frais.

collage Fabricauteur

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