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LA LIGNE ROUGE FILM DE T.MALLICK

un mien ancêtre !
L’étrangeté de ce film ressemble à celles de la vie, entre la sauvagerie et la fascination des yeux et la tristesse immense des larmes qui viennent, le dehanché brutal de ces hommes qui s’affalent, cette peur qui s’insinue partout, au creux d’images si belles que des oiseaux multicolores semblent étonnés de ces fracas.
La musique est presque inutile, l’image travaillée se suffit à elle-même, avec ses ruptures et le bruit des déplacements, des corps qui rampent et hurlent par rafales. Dès que l’action risque de nous entraîner vers la posture du joueur qui spécule sur le gagnant prochain, l’horizon s’effondre et des mots s’envolent au dessus des herbes bercées d’un vent sans doute tiède. L’odeur du sang et de la terreur, celle de la folie excitée, du lâchage collectif, des rumination solitaires et des pensées d’au loin…la salle est envahie. Les épaules fines d’une femme de souvenir, la démarche ignorante d’un indigène hors du temps et des passions, la balançoire qui ne revient pas, les mains qui chercheront dans la boue les impressions dune peau ou d’un sein, d’un dos, pour ne trouver qu’une crosse de P.M, qu’un chargeur ou le jonc d’une baïonnette. Je n’ai bien sûr rien compris à ce film, simplement ressenti encore plus la hargne contre ces folies de guerre et ces tueries de cousins immondes que nous sommes parfois. La plage est atteinte, le vomi est près des lèvres, mais la mort sera plus loin, avec en spectateur un bel oiseau rouge et bleu, comme un drapeau dodu qui se moque des courses affolées de ces pantins superbes. Les armes sont imbéciles et tuent sans trop choisir, explosent au gré des maladresses, tuant tout de même. L’héroïsme qui semble parfois poindre est vite repris par le vent ample et régulier des mots agitant les herbes. Dans toutes les guerres il y a des collines ridicules où vont s’échouer les cadavres de jeunes types bien sous tous rapports. Leurs mains ensanglantées ne pourront plus regarder les reliefs palpitants du corps des femmes, de leur femmes, ou d’autres. Leurs yeux crevés par le souffle des obus n’auront même pas une vue du ciel clair comme linceul de consolation. Rien n’est plus en sortant comme avant. Cette platitude émue d’un spectateur ne m’a pas mis en rogne. J’avais aussi un peu moins d’ingénuité en sortant. MALICK casse ainsi toute bonne foi dans le discours guerrier. Depuis les Sentiers de Kubrick, c’est sans doute l’hymne à la mort de la guerre et de la connerie le plus fort.
Le film est regardé, les humains se regardent en sortant, la télévision est regardée, le Kosovo aussi, les bombes elles-même regardent en vidéo leur objectif avant de tomber! Le colon se sait regardé par l’amiral qui est regardé par la presse et l’opinion. Mais John ne regardera plus Mary qui ne verra pas ses mains tendues vers lui. Pour une simple histoire de regard mise en abîme, ce film ravage les certitudes et les excitations de la violence, pour redire qu’un horizon rouge, un vent tiède et les arbres qui chuchotent, sont bien les plus importantes des tendresses humaines.

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