LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
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MESSAGERIE EN PROSE

Un petit type rabougri écrit à la hâte une lettre qu’on lui a réclamé avec gentillesse et insistance.

Il répond à une annonce de Libé: « cherche correspondant, pour m’aider dans une passe difficile, pas sérieux s’abstenir, écrire à Libé, sous référence 17493, réponse assurée »

Des mots pour toi, des mots qui filent au ras des vagues, se mouillant les pattes d’écume. C’est la nuit qui pleut dehors. J’entend un peu les vents qui tournent dans tes yeux lorsque tu laisses tes pensées aller et venir, se cogner à tes os du crâne. Tu prends des temps pour douter de tout, renâcler à choisir, comme pour mieux refuser de laisser, de couper, de tracer.

Une trace, une ligne, c’est aussi de l’enfance qui part et ne reviendra jamais. Par chance, car elle serait déplacée et monstrueuse. les émois d’alors ne sont pas ridicules, ils sont d’ailleurs, et y restent au chaud, embellis ou enfouis. des archéologues s’en chargent parfois, lorsque sur un divan nous déblayons des strates, nous déballons quelques restes emmaillotés dans du papier huilé, à l’abri de la rouille, et que ces objets viennent à la lumière avec une brillance qui brûle les yeux et le ventre.

Tu navigues dans ces eaux bizarres, comme des millions de gens, sans cesse en déséquilibre, provoquée par les déversements que tu subis dans ta rencontre quotidienne avec des gens qui ont besoin d’aide. On en a tous le besoin, mais certains s’en passent mieux que d’autres, ou trouvent des dérivatifs.

Et l’agressivité qui rôde t’étreint dans ses petits doigts vigoureux. Elle te pince et parfois jusqu’au sang, en laissant des traces qui mettent des jours à virer au jaune et à disparaître. Cette bouffée de chaleur qui monte et qui glace le dedans, lorsque le ton s’emporte, que la pulsion est là, qui frôle le geste, lorsque l’acte qui se joue est au creux du drame, à deux doigts. L’important est qu’il le reste.
Avec tes proches, tes relations, tes amours, la vigueur est la même et le froid intense et soudain. Alors tout se vide à grande vitesse: ta joie, ton entrain, tes projets./ Le ciel devient vaste et lourd, tes yeux ne voient plus que des plaines plates et brumeuses qu’aucun regard ne peut accrocher en un point.

Y a pas d’erreur, ce que t’as dans le coeur, te fait parfois plaisir et horreur. Nous sommes tous de ces eaux là. Une misère bien partagée, et des bonheurs uniques à des millions d’exemplaires. Ce qui distingue, c’est la salade qu’on peut en faire, la création qui vient, la trace que l’on fait au sol avec de la craie. Cette trace marque la séparation entre les hommes, signe leurs tendresses, leurs limites, leurs frontières, leurs combats.

Tu somnoles parfois, sans énergie, prête à faire une tête terrible à quiconque te parlera, même si c’est l’homme que tu aimes. Tu es prête à mordre et à griffer, ou bien à partir en pleurant. Tu ne veux même pas discuter, tu veux laisser le soir tomber comme un gant d’éponge frais, sur un front d’enfant qui redoute la migraine.

Tu n’es rien que fureur contre toi, contre cette apathie qui te ronge, cette dépression passagère qui occupe tes doigts: pourquoi les gens qui s’aiment sont-ils toujours les mêmes et pas moi? Pourquoi ne pas avoir le temps de partir et de découvrir? Pourquoi n’y a t-il rien à faire pour ceux qui…? Et si ça ne vaut pas la peine de vivre ainsi, qu’on me le dise au fond des yeux…

Pour qui revivre chaque matin? Des questions comme celle-ci tapissent les boudoirs des psy, des curés, des conseillers, des amies attentives qui souffrent avec délices, par procuration. Quelque soit le temps qu’il fait dehors, occupe toi bien de ta tête et de ton corps, ménage toi des rêves à toi et des secrets, c’est de cela que tu existes, avec failles et bagages, pleurs et jouissances, mots doux et insultes obscènes au coin des paupières.

Lorsque le ciel se voile un peu, branche musique et tisane, cigarette et stylo et écris, écris à t’en faire péter les phalanges. Laisse aller les araignées sur le papier, sur ton lit ou dans ton bain. Parle de tout, de ces gens inconnus qui meurent de ne pas te connaître, de ces vies formidables que tu aurais pu avoir, de celles que tu auras, des misères évitées, des petites passions de clin d’oeil, entre deux portes, avec un inconnu.

Parle écris et peint, absorbe le jus qui coule avec ces mots éponges. Charge les de tes violences et de tes doutes, et planque les dans la boîte à gants! Tu les retrouveras amusée dans quelques jours, un peu fanés et si extérieurs que tu auras un frisson de nostalgie amusée, tout en te sentant plus grande, plus loin.

J’ai eu vent de vous mon amour, ne vous déplaise, en dansant la javanaise…. Qu’avons nous vu?
Le vilain Serge est parti, mais a tout laissé en l’état, au même titre que d’autres. Ce qui nous émeut chez lui, c’est notre reflet inacceptable, notre laideur et cette beauté du diable que nous aimons tant en cachette ou plus ouvertement. Puis le diable est caché, plus la névrose suppure et agrandit la plaie. Affichons le en douceur, jusqu’à le répudier, le salopard. D’autres se chargerons de le ressusciter d’entre les maux. A Sarajevo ou ailleurs.

Lorsque j’écris, il n’y a pas de silence dans ma tête mais un cours tranquille de mots qui attendent leur place, sans se bousculer ni se disputer. Ils sont tous des mots qui viennent d’ici et de là, et beaucoup du Nord et de l’Océan. Je veux finir comme un oyat sur une dune, salé et battu de vent, mais toujours souple face au large, la pointe jaune et le tronc vert, oscillant sans cesse, à la merci du pas d’un promeneur distrait et ignorant que ces plantes sont les postes avancés de la civilisation de l’océan sur le terre ferme.
Va au bord des plages de ton pays, reste et ferme tes yeux. Couvre toi bien, écoute avec les oreilles disponibles comment les oiseaux et le vent jouent ensemble, comment les vagues essayent de les rejoindre, en vain. Crois tu qu’elles soient découragées? Jamais, et depuis des millions d’années. Ce qui les réunit c’est cet état semi liquide qu’est la brume, ou la pluie.

Le petit homme est inquiet. Les mots seront-ils adéquats? Non pas, il fait semblant d’être inquiet car peu de clients viennent se plaindre, sauf de n’avoir pas la suite, une fin, une continuité.

Et puis le petit homme n’est pas en fait si rabougri et si on l’emmerde trop il risque de se fâcher tout vert !


2 réponses à MESSAGERIE EN PROSE

  1. Anonymous says:

    Même pas mal!
    De toute façon, moi, je suis tout a fait d’accord sur tout comme un miroir poli.
    Se ronger les sangs se serait tout a fait y a pas de quoi et le temps est l’ami de l’homme à qui sait attendre..j’avais juste envie de dire ça pour faire avancer les petites choses, éviter l’inertie latente qui pointe sur le mont oisif et qui en a fait mourir plus d’un d’une glissade inopinée…
    la bête du gévaudan

  2. Anonymous says:

    Ecrire à s’en faire pêter les phalanges…et vomir tous ces maux en espérant qu’une fois exprimés, ils seront atténués…
    La parano.

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