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LA GENEREUSE, DISQUE DE B.GUERBIGNY

Une couverture de disque. Un enfant en noir et blanc sérieux comme un pape étire un bandonéon. Au dessus de lui danse une femme, jeune et gracieuse, sa mère peut-être. Un visage occupe un tiers de la surface de ce carré d’image. Le père peut-être qui s’appelle Benoît je ne sais qui car l’étiquette de classement de la Médiathèque empêche de lire son nom. Paradoxe des étiquetages dans les offices de la culture numérotée. Le disque se joue et s’entend bien, avec une mélodie plaisante et sas heurts, mâtinée de folk mais aussi d’éclats d’Europe centrale, avec quelques trouvailles stylistiques de qualité. Les accordéons se relancent et accrochent l’oreille voire parfois entraînent des rythmes dans les jambes.
J’aime entendre le bruit des boutons de l’instrument, le frappé soyeux d’un saxo, le chuintement des doigts sur les cordes, ce hors champ de la musique vivante. Ces bruits de vie. Comme le grain de l’image, l’écorce sensible d’une voix imperceptiblement fêlée. Cet à peu près qui donne les hasards et la poésie, contre les totalitaires certitudes en logiques formelles, perverses moutures du fascisme qui dort.
Comme le grain de l’image, et celui de la peau, si l’on s’approche d’assez près. Alors la peau devient un paysage de méandres incroyables, de marqueterie complexe et mouvante, comme un banc de sable découvert par la marée et qui se griffe au soleil de mille tatouages. La musique comme la peau, il faut la regarder de si près que les yeux s’embrouillent et ressentent comme les oreilles. La distance des commentaires, celle des techniciens de l’épure, des zélotes de la façon, c’est tout un attirail qui m’ennuie aussi fort qu’une déclaration de Pisany sur l’agriculture et la faim dans le monde…
Musiques et faims, grains de peau et de riz, tatouages impossibles sur des corps décharnés, comme si la souffrance essuyait toutes les peaux en les rendant indevinables. La misère gronde et suinte, les cadors de l’ordre sont là à disserter sur les pourquoi des comment en se souvenant qu’au dîner, à l’ambassade, ils n’auraient pas dû reprendre du soufflet aux crevettes, car ils ne digèrent pas bien la mousse au chocolat du Surinam…
Le petit de la couverture ne bronchera pas. Il a le regard fier. Derrière sa mère est si belle en tournoiement, le regard de son père sur lui, ils lui ouvrent le monde de la plus belle manière. Je brode un peu un ourlet aux nuages qui montent une crème orageuse sur le Poitou.
Le disque se finirait là, un peu indistinct, entre Désert froid et Le chat des voisins, avec des pensées vers Mac Orlan, vers Pariselle, Yacoub ou Beaucarne. Jolie parenté que tous ces gens.
Il me viendrait juste un regret, comme des voix qui manquent parfois, sur désert froid la généreuse par exemple.
Mais le Fabricauteur est d’une humeur de chien car il pleut.
Et puis surtout, la question de l’âge des nuages n’est pas résolue. Peut être fils Lucien connaîtra-t-il un jour la réponse. Je lui souhaite.
Ce beau disque
« Benoît GUERBIGNY en compagnie La Généreuse» est à écouter avec calme et vin frais, plusieurs fois. Plein d’informations sur www.benoitguerbigny.com

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