LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et motsletratag86@gmail.com

Bordeaux sur Garonne et Usson du Poitou.
Je me surprendrais. je la trouverais belle cette ville, ma ville, celle de mes traces d’enfant, de mes adolescences, de ce fleuve et de sa galerie, des heures passées à parler de peinture, à écouter la vieille dame me raconter ses amours impressionnistes et décortiquer des masses de couleurs en leur donnant sens et vie. Le fleuve coulait sale, tout près, caché par ces hangars pourris qui sentaient la pisse et que nous investissions parfois pour des expéditions séduisantes mais frissonnantes avec quelques belles amies à réchauffer. Aventures clandestines en passant sous les rideaux de fer déchirés par le temps, en faisant du bruit pour éloigner les rats, les clodos, le noir qui se striait de lumières que l’usure avait laissé passer au fil des années d’abandon.

On se traite de tout à peine qu’on se traite !


Il y avait Christophe, qui peignait partout sur tout avec calme et esprit de système, d’un trait assuré avec son pinceau de martre.

Il y avait la mer, l’océan toujours proche qui redonnait à l’air des allures de port que la ville a laissé depuis si longtemps. je regardais toujours les reflets du grand large et j’en trouvais partout, sans avoir à chercher. J’étais bien seul souvent à tirer ces protrait d’une ville de mer, d’une ville dans l’eau, prête à partir au large pour aborder entière une rive du brésil et y poser ses quais, ses pierres et ses ciels vastes comme des rêves tièdes.

La rage qui suinte, les trace de Madrid, des guerres ibériques, des révoltes chiliennes, des refuges et des mots réunis près de l’eau de la Garonne lente qui s’emballe au printemps.

Les évidences de la vie, celle des mots et des consignes, de ce qu’ils servent aux autres. Un régal très présent dans ces quartiers du port de la Lune.

L’oeil maquillé d’une fille autour d’un regard perdu. Le narguillé d’une ville autour d’un passé revu.

Les accessoires d’un tournage, lors d’une pause. J’ai redonné des consignes et des précisions aux acteurs. Ils sont partios fumer ou pisser en abandonnant des éléments de la scène à venir.

Le Fabricauteur a reçu un texte, une autre forme de récit que celui d’un port, d’une enfance. Une autre région, d’autres nuages…

« Approche toi mon ange, je vais tenter de te raconter.
C. passait des vacances chaque été dans notre village. Au sortir de la petite enfance elle était bien plus téméraire et dégourdie que moi. Le soleil était chaud cette après-midi là, nous prenions une boisson dans sa cuisine : de la fenêtre qui donnait sur la rue, on entendait une mob qui arrivait. Elle est devenue hystérique en le voyant passer. J’avais pleine conscience que nous étions des gamines et ce à quoi je ressemblais. C’est vrai qu’il était beau avec sa coiffure de punk de l’époque.
5 ans plus tard nous nous rendions ma sœur et moi au foyer des jeunes. Mon frère et ses amis 11 ans plus tôt l’avaient créé dans des anciennes douches municipales. C’était un lieu a vocation culturelle où la jeunesse Ussonnaise pouvait se réunir sans barrière sociale ni religieuse. Mais tout se perd. Nous y égrénions nos week-end à jouer aux cartes, jeux vidéo et flipper, regarder des vidéos, parfois y faire du développement de photo…
Cette année là c’était le centenaire de la Révolution. Les habitués étaient tout excités et élaboraient une beuverie royale pour fêter le retour de l’enfant du village. Peut importe, je ne le connaissais pas.
Quelques jours plus tard, j’affrontais M. au pingpong lorsqu’il est arrivé. Elle s’est vite eclipsée me laissant seule face à lui toute un aprés-midi. Quand il est revenu de son service militaire à D, nous sommes allés ensemble près de la riviere ou ses parents possédaient une maisonnette de pierre. Il se mettait derriere moi pour m’apprendre les rudiments du tir à l’arbalète, dirigeant mes mains, la position de mon corps, et se fichait de moi quand le tir allait si haut que le carreau semblait insaisissable.Le soir même je revenais prendre un café et goûter pour la premiere fois à ses lévres. Il avait une bouche asiatique d’une douceur que je ne connaissais pas. A chacune de ses escales entre ses saisons d’hiver et d’été, nous regagnions cette petite maison. On entrait par une porte vitrée en bois le sol n’était que cimenté, une cuisine rudimentaire. Nous prenions l’escalier de bois pour gagner l’étage ou se trouvait la chambre. Nos pas craquaient sur le plancher, il y avait une télé, des livres, des photos, la cantine avec laquelle il voyageait. Le soleil ou la lune perçaient au travers des volets de bois, tandis qu’une bougie éclairait faiblement les poutres du plafond. Il me prenait dans ses bras avec une douceur incomparable et lorsqu’il m’embrassait c’était d’une grande délicatesse. La musique d’ushuaïa comblait le silence pendant que nous dansions allongés l’un sur l’autre en dévorant nos corps ruisselants. J’admirais la plastique de son corps lorsqu’il se levait pour nous apporter de l’eau. Il avait le grain de peau délicat, parsemé de grains de beauté, son torse était suffisament musclé pour laisser saillir quelques formes. Le temps nous a séparé. Mais un jour à la fac, j’ai croisé son frére qui m’invita un soir prendre un verre. Il était revenu d’ailleurs et nous sommes sortis tous les 4 en ville prendre un verre et jouer aux cartes, un jeu de beuverie. La chance du débutant m’a sourie et c’est éméchée que je l’ai ramené chez moi, je pensais pour baiser. Je retrouvais tous ces gestes tendre et sa peau de bébé, ses lèvres. Quand nous avons eu terminé nous sommes allés fumer à la fenêtre, lui derrière moi, pour me réchauffer. Là dans le noir il m’a demandé si je voulais aller vivre avec lui dans ses montagnes, me racontant la nature, son chalet. Il m’a demandé si je voulais entendre s’il maimait, sans attendre ma réponse, il me l’a criée de rage. Je ne l’ai pas cru. Il m’a dit que je ne le verrai plus jamais. C’était un homme de parole, je ne l’ai jamais revu. Aujourd’hui je sais par son frère qu’il est papa de 3 enfants là-bas à la montagne. CM »

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