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Parti si loin, jamais rentré ?
le Baccara, navire pêche arrière des armements Nicot de Concarneau sortant du port. Juillet 1973

1973, je partais sur ce chalutier pour des semaines en mer à étriper du poisson vivant par tonnes, en me levant toutes les quatre heures, jour et nuit. De vrai vacances.
Et pourtant, quelques images reviennent avec des odeurs et des couleurs de fer et de feu, ce sang qui pue et ces batailles d’oiseaux de mer chipant des lambeaux de tripes et des têtes de poissons.

Avec de telles « vacances » on emmagasine de quoi penser et rêver de la mer pendant toute une vie. Retrouver ces images, quelques négatifs rouillés, un prénom ou deux, cette odeur de marée et de gasoil des quais du port de Concarneau, mélanger avec Boulogne, La Rochelle, Marseille ou Naples, Barcelone et Bilbao, Porto, Bordeaux, Lorient, Calais. Les vents ont des goûts différents, mais les ports puent tous pareil et cette puanteur est une encre merveilleuse pour qui saura la diluer à point, juste au stade de fluidité qu’il faudra.
On ne part sans doute jamais d’un port. On s’en éloigne juste un peu. Et dans ses yeux il y a toujours des marées régulières et de lents mascarets, s’élançant de Moselle, du Nord ou de la Mer d’Iroise. Il y a des gris bleus, des perles et des écailles, de reflets d’arc en ciel au ventre des poissons, des mots presque laissés près d’un sabord ouvert, pour que la vague proche les embrasse dans l’océan.

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