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Matin de plage au coin du monde

Nos mains tiennent ensemble. Avec suffisamment de larmes aux yeux pour ne pas rester trop proches de la nuit, entre vertiges et déraisons, on tiendra, on se touchera.
Je sens mes os sous ma chemise. Il fait un froid soudain et le ciel clair me grise. Rien ne peut arriver, le vent s’est tu, viens partons ici ou là, entre les bandes roses des nuages et l’horizon qui bleuit. Le matin viendra bien, avec ou sans nous.
Je suis juste là, pas plus loin que le bout de ton bras . Serre fort et saute dans la bas de la dune, rebondis sur ces amas grisâtres striés de traces de fer et de terre brunes. C’est là que les nazis ont perdu la guerre. J’ai pas les moyens de te décorer les plages de mon océan de strass et de carton peint. Ferme juste un peu les yeux et regarde le vacarme des rouleaux qui s’écrasent avec obstination sur la plage luisante. La marée descend, le ciel lui-même semble admirer ces miroirs que l’eau lisse avec délicatesse. Il y a juste quelques mouettes pour tester le reflet de ces plaques immenses, bordées de langues irrégulières plus mates.
Vers le sud ouest, la masse lourde et sombre d’un tanker écorche la ligne calme qui borde le ciel et l’océan. Tout est en place mais c’est le froid qui s’est invité.
Tu a enfilé tous tes pulls et rajouté un vieux ciré vert que je réservais à mes expéditions sur les rochers les jours de tempête, vers St Jean de Luz. Et comme un paquet de fête, une grosse écharpe fait nœud autour de ton cou, ficelle gigantesque et pelucheuse . Il n’y a même pas la place pour que je puisse glisser ma main et la mettre au chaud contre ta peau. Trop d’obstacles et de cris en perspective. J’ai les mains bouillantes à force de froid, rougies et gourdes mais brûlantes quand même. Nous marchons après avoir vidé tes bottes de sept kilos de sable. Tu as bien aimé descendre en chutant, en bout de course, de ces falaises friables qui bordent la plage et bien sûr, tu as fait le plein. Je me suis un peu moqué. Tu as essayé de me viser avec une botte. Puis tu m’as supplié d’un air doux de te la rapporter en me promettant…. de viser mieux la prochaine fois ! Nous avons ri et chahuté comme des enfants ivres d’air fin et dense.
Le sel fait briller tes sourcils et parfume tes lèvres. J’aime le sel, surtout lorsqu’il s’est déposé sur ta peau. Tu protestes un peu, mais sans plus, lorsque je te lèche comme un chiot. Ta peau sèche aussitôt avec une sensation de frais intense. J’aboie un peu. Tu me cries de venir « au pied ! ». J’aime bien cette situation.
Nous faisons un feu derrière un tronc échoué, avec des petits bois secs et blanchis par le soleil. Cette chaleur incongrue te fait ôter ce bonnet noir qui cachait ton visage. Les flammes courtes et vivaces vont se loger dans tes yeux. Tu es belle avec ton nez rouge et tes pommettes piquées de froid. Tu en ris, avec un air soumis, comme pour me reprocher ce genre de sentence, et faire croire que c’est faux. Tu es belle avec ton nez rougi. Tant pis !

C’est le matin,, c’est lundi et nous étions sur une plage entre la Salie et Biscarosse, à l’heure où les mouettes picorent tranquillement les lavagnons éveillés par le soleil, sans avoir à se soucier des hommes. Il n’y a personne à l’infini, vers le nord, vers le sud. Rien qu’une brume délicate et progressive, bleue et rose, parfois grise, mouvante et aérienne comme un tulle de mariée au dessus de la plage rectiligne et déserte.
Au loin, au dessus du roulement sourd des rouleaux qui s’écrasent, les cris d’un couple de sternes fait crisser l’air immobile.
Le soleil s’est déployé un peu plus, il est sept heures bientôt au soleil et les couleurs basculent du mauve, du gris, vers le bleu et les dorés filtrés par les pins, encore noirs à cette heure. Le vert, ce sera pour plus tard. Plus au nord la Dune s’étire, encore humide et frîche d’une nuit bercée par les vagues, au ras.

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