LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
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Dialogue de la méthode entre Il et Elle
collages (c) drp 2009

Résumé :
Un petit somme interrompt ses phrases.
Les gorges toussent et raclent. Se disant peut-être que ce temps passé est perdu pour ses enfants, pour ce bébé récent qui occupe le ciel, cache le soleil et la lune, remplit toujours ses nuits et jours, son ventre et ses rêves. Rien que les couleurs de ses yeux et les ourlets de sa peau.
Ne pas banaliser, laisser s’installer la cascade des mots, les siens et ses silences. Le salaud, il arriverait parfois à la faire sourire de ses peurs et de ses complexités de mémoire, les recoins empoussiérés de sa vie Il aime les silences et l’écouter se taire. Articles et consignes pas lues. Un sourire passe sur ses lèvres. Le soleil bouge et cherche sa jambe droite.
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Mots clés : chaleur, reflets, ELLE, océan, seins, mots, clés, psychanalyse, dinosaures, draps froissés, IL.
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ELLE
La froideur de la chambre La chaleur de l’air qui peuple cette case bleue aux murs sales.
Le dehors ne vaut guère mieux. Le soir sera gris et pleurniche sans conviction.
Quelques murs rapiécés passent devant les yeux, comme on scrute pour attendre un train un paysage sans mémoire. Rien ne se passe. Un feu clignote obstinément à l’angle des blocs.
Il ne viendra pas. Elle restera seule dans ce motel du port. Les reflets de néon accrochent parfois dans ses yeux quelques rougeurs rapides. Il ne viendra pas peut-être.
Elle se souvient de leur rencontre, près de la jetée, lorsque le vent d’été mélange les odeurs. Il ne parlait pas beaucoup, avec son air de fauve perdu chez les humains. Leurs longues soirées à boire du café, la relecture de Miller, les accents de Cab Caloway, et ce surnom, « mirette » qu’il lui donnait parfois pour plaisanter ses regards lourds sur les travers du monde et le défilé des passants, vagues régulières en tous sens, de la jetée au port et retour.
Elle restera seule avec ses mirages, ses odeurs de nuit, le tiède d’un lit trop grand pour être agréable et doux.
IL
IL est ailleurs, loin si loin que le soleil n’a pas les mêmes horaires, que dans les téléphones un petit délai s’impose à l’oreille avec des échos discrets.
IL s’est assis dans la grande salle, avec son clavier, dans un coin. Le bruissement des salutations du matin l’enveloppe, avec en prime quelques odeurs de café.
Un procureur va parler. Ce sera éveillé et ferme, avec la rigueur désuète et efficace d’une gravure du 19° siècle.
Il retourne dans ses mots, pour étancher son manque de sommeil et se caler en douceur dans des rayons solaires qui colorent et réchauffent le parquet.
Les gens choisissent leur manière de parler et lui c’est son choix de silences qu’il décline ici. Pas envie de sombrer avec le reste de la salle dans des reflets charmants et importants, juste envie de sentir contre lui ses seins si loin. De cette peau qui lui manque comme de l’eau au pic de la chaleur, il veut en parler, tisser mots et histoires autour d’elle.
ELLE
Elle recherche ses mots, les siens, les autres, ceux qu’elle relit dans une enveloppe froissée. Il écrit sur tout et n’importe quoi comme on plie des trombones pendant une réunion ennuyeuse.
Elle va et vient dans la chambre, se frottant aux murs à chaque trajet. Crier, prendre son sac et partir le rejoindre, ici ou là, pour dissiper cet ennemi intérieur qui parfois lui picore la peau, de l’intérieur. Enfant déjà elle repérait que son corps avait des humeurs et entrait en ébullition suivant les mesures qu’elle faisait des relations aux autres.
Emballée dans quelques vêtements tirés au hasard d’un valise vautrée dans un coin,elle sort de la chambre et dévale les escaliers de secours. Dehors la ville n’a pas changé depuis hier. Au dessus de son nez le ciel est brûlant d’une lumière sale, une sorte de nuée sans contours, nuage imprécis qui voile tout. Elle rabat de son front de grandes lunettes noires et l’agression s’apaise. S’il était là, il aurait mis ses mains en visière au dessus des ses sourcils pour lui éviter ce choc lumineux. Il pense à ce genre de détail, anticipant souvent. Elle aime bien ces attentions qui, venant d’un autre, la mettraient dans des colères intenses contre le paternalisme mâle. Des principes elle en a, des douceurs désarmantes, au fond, elle apprécie qu’il puisse en avoir.
« Déroutée par la différence ». Ce slogan s’affiche sur d’immenses panneaux dans la rue des Thoniers.
IL
Si l’autre me choisit c’est que je vaux quelque chose. Si j’ai ma trace dans la neige c’est que la terre subit mon poids. L’éloignement de nos images, les kilomètres, le vent et le soleil malin qui se drape de lumière blanche. Il est debout depuis des heures, les muscles durcis par l’immobilité forcée par les fauteuils sans orchestre. Un petit somme interrompt ses phrases. L’écran n’a pas dormi mais s’est mis en veille. IL s’étire un peu pour rechercher une sensation différente et penser à autre chose. La voix dans les baffles continue sa mélopée compétente.
Mais il pense aux dinosaures, à cette petite fille qui les découvre, qui envisage la puissance des choses et des gens, sa relative impuissance face au monde et la sécurité de sa famille.
Il écrit encore, rivé sur le parquet fleuri d’or clair par les caprices de nuages indécis.
Les gorges toussent et raclent. L’hiver n’est pas fini et cent mouchoirs fleurissent.
Une autre voix relaie la première, sur un ton agréable. Le phrasé a une musicalité correcte.
Que fait elle ? Sans doute assise devant la mer, à serrer ses bras entre ses mains en regrettant les courants d’air chaud de juillet.
ELLE
Va rester toute la journée en attendant son rendez-vous. Y aller seule sans qu’il sache exactement de quoi il s’agit. Son rendez-vous précis qui revient sans cesse, sa parenthèse, sa boutique. Il ne proteste pas, jamais. Elle pense qu’il sait de quoi il s’agit. Parler épure les détails où se cacherait le diable. Partage des mythes ou d’une expérience de parole avec ses rituels. L’ennemi de la vérité n’est pas le mensonge mais le mythe. Elle aime cette pensée qu’ils partagent tous les deux, comme une part de gâteau basque, bien gras avec un goût d’amandes et de montagne salée par l’océan.
Elle sent qu’il pense à elle. Son ventre se contracte doucement, espérant des caresses qui fouillent. Il doit sentir ses doigts, entendre dans sa tête son souffle qui remplit l’air de la chambre. Elle sent dans son dos quelques perles de sueur prêtes à couler le long des vertèbres, peut-être jusqu’au creux de ses fesses.
Entre ses seins aussi. Elle aimerait qu’il s’y blottisse, qu’il éponge avec ses lèvres, d’un coup de langue, en soufflant du chaud ou du frais, suivant les saisons. Elle rugit en dedans mais il est loin et ses envies sont depuis quelques temps vite éteintes, sans passer dans tout son corps comme un désir. Elle attend. Lui aussi. Elle n’a pas trop envie d’en parler, de transformer ce calme en problème à débattre. Il le sait, le sent, la suit, toujours. Elle attend, sans hâte ni inquiétude. L’enfant est venu. Il lui avait dit que l’enfant le dissoudrait en partie et que c’était bien ainsi. Elle s’était dite qu’il faisait son numéro paternaliste. Le vent fait changer les paysages.
IL
Le différent. L’objet. Il pense à elle comme la braise sous la cendre pense au bois sec qui va la réanimer. Elle est face à la mer sans doute, attendant son rendez-vous. Se disant peut-être que ce temps passé est perdu pour ses enfants, pour ce bébé récent qui occupe le ciel, cache le soleil et la lune, remplit toujours ses nuits et jours, son ventre et ses rêves. Elle est parfois ennuyée de cette occupation qui l’éloigne parfois de lui. Il sourit et ne se moque surtout pas. Ce bébé merveilleux, complément sublime d’un autre enfant, différent et semblable, soulignant tellement que sa mère l’est par les mots, la musique, les chansons. Il est dans les parages, comme un voisin qui passe devant la fenêtre et parfois échangerait des mots usagés.
Il est dans le silence, entre questions auxquelles qu’il ne convient pas de trouver une réponse et de la tendresse complice, infinie, quoiqu’il arrive. Elle fait partie de lui, s’est incrustée dans ses gènes. Il la respire et la sent au creux, à cru. Le vent est fou mais il revient toujours.
Elle est si belle qu’il faut au moins une plage océane, de la brume, du soleil et le fracas des vagues pour poser le décor où parler d’elle. Rien que les couleurs de ses yeux et les ourlets de sa peau.
Parfois elle se tait, logeant son corps contre lui sans rien dire. Elle sait qu’il n’attend rien d’elle au sens de lui reprocher des manques, un peu d’envie pour leurs touchers d’avant que cet enfant vienne occuper sa peau et ses rêves presque entièrement.
Il a pour elle une infinie patience, son plaisir étant avant tout. Avant tout. Il sait qu’il est là, pas loin du bout du banc où elle est assise, caché derrière le laurier rose en pot qui s’ennuie des promeneurs absents. Il est entre les feuilles d’une revue, d’un bouquin, prêt à se glisser entre sa chemise et sa peau, pour y dormir mille ans.
Ses mains sur lui, ses lèvres et les siennes, son corps enroulé autour de lui dans un sommeil d’été…Il ferme les yeux et les voit tous les deux endormis l’un à l’autre. I voit aussi l’enfant se glisser entre deux réclamer son dû. Elle se lève et le laisse seul le temps de réconforter l’enfant. Elle est celle qui tient l’enfant. Il n’est que le compagnon, celui qui est là comme il peut, comme elle veut. Il s’étire satisfait de sa synthèse, rêvassant tranquillement à ses bras, ses épaules, l’odeur de ses cheveux, le son de sa voix. Moment béni des dieux du soleil d’avril.
ELLE
La ville s’est un peu remplie, le port s’agite, du bruit vient des entrepôts. Elle a repris son sac, le lançant au dessus de son épaule. La voyageuse repart. Il vient de passer au dessus des toits, d’un trait noir et blanc. C’était sûrement lui. Pour dessiner des formes bizarres en volant, des typographies baroques, pour viser juste entre deux cheminées et les entourer de valses aériennes. Zebulonesques visées de cet amoureux qui de loin vient au près sans s’annoncer, d’un coup d’aile de mouette. Elle marche vers la ville haute, où le Marché de fer étale ses jambes d’acier en dizaines de petites tour Eiffel, en arches et en rebonds. Elle pense à la notion de faisceau d’argument. La méthodologie, son caprice à lui, cette manière de retourner à la fourche les mottes de glaise des certitudes et des légalités établies. Elle marche et pense soudain à sa mère, son père, leurs enfances. Ces remontées de souvenirs l’agacent. Comme cette envie impossible de se mettre en colère sans en avoir de culpabilité chez elle, voire contre lui, contre son homme chez elle, contre lui, contre eux.
Elle marche vers son rendez-vous. Seule contre l’univers et ces bouffées d’histoires qui parfois se pressent. Dès qu’elle est arrivée, un vent coquin a vidé le ciel de ses histoires. C’est compliqué ce siphonage qui arrive parfois, juste à la fin du chemin, juste en poussant la porte.
Ne pas banaliser, laisser s’installer la cascade des mots, les siens et ses silences. Il rit et se moque un peu d’elle, juste assez pour qu’elle le fusille d’un œil gris et vert et qu’il puisse la regarder et la serre contre lui dans une suppliante demande de pardon pour cette fausse méchanceté. Il rirait de ses pensées à gros bouillons. Elle aimerait bien le voir sourire d’un faux air piteux et coupable. Le salaud, il arriverait parfois à la faire sourire de ses peurs et de ses complexités de mémoire, les recoins empoussiérés de sa vie.
Il aime les silences et l’écouter se taire. Il a l’air un peu con parfois lorsqu’il la regarde éperdu, admirateur amoureux alors qu’elle ne s’aime particulièrement pas ce jour là.
Et puis son corps, qui revient un peu à son état initial, avant la sublime intrusion, c’est compliqué et noué. Ce bébé a mélangé les ficelles et laissé des nœuds, des durillons qui parfois font mal en marchant. Elle marche justement, vers le Marché de fer. Au loin, une sirène de cargo s’étale sur la ville, au ralenti.
Elle pousse la porte un peu lourde, aujourd’hui.
IL
Des papiers à terre. Articles et consignes pas lues. Il pense à ce restaurant crasseux d’hier soir avec ses loukoums si fins et qui dessèchent la langue avec du sucre poussière.
Les voix se mélangent. Des mots savants s’invitent au micro. Il est reparti ailleurs, assis sur le rebord de fonte verte des poteaux sculptés du Marché de Fer. Elle doit y être. Il l’attendrait. Surprise mais ravie elle se serrerait contre lui avant d’aller se poser comme une plume sur la banquette en cuir du pub voisin, sans rien dire. Elle n’avait pas prévu sa venue, sa présence. Il se tait, lui laisse cet espace silencieux indispensable. Elle sait aussi qu’il se taira. Elle boit et regarde ailleurs, sa main enfouie dans la sienne, serrée doigt à doigt. Il regarde distraitement un journal d’annonces. Un sourire passe sur ses lèvres. Il vient de voir le regard d’un type amarré au bar devant une bassine de bière noire. L’homme a l’air surpris de voir ces deux oiseaux accrochés par la main, se taisant et ne se regardant quasiment pas. C’est parce qu’on s’aime vieil ivrogne que l’on peut être ainsi ! Retourne à ta Guinness !
Mais elle n’est pas là sauf dans une éclipse de réel bienvenue. Le soleil bouge et cherche sa jambe droite. La gauche a froid, la fenêtre est mal isolée, un vent coulis se glisse lentement.
Faut être conscient des bravoures du monde et des équilibres magiques de la condition humaine. Fichtre, l’heure de l’appétit stimule les phrases creuses. On va s’amuser à la dire dans le micro. Il la refile à son voisin qui adore parler. C’est fait. Personne ne saura que cette phrase est une pièce rapportée dans le cadre d’un jeu entre elle et lui. Il s’en régale autant que de savoir que le repas s’approche à petits plats. Passe plat, passé simple, passe impair et déguste.
Le plat repas qui sera le sien. Il dispose des tranches de mots dans le plat et tranche des rondelles de fromage pour les recouvrir. Les couleurs se mélangent et certains mots tentent de s’échapper en glissant de côté sous la mozzarella.
Où est elle ? Comment marche-t-elle ? Sur quel trottoir. Seule ou pas, qui la regarde ? J’espère que des gens regardent ses cheveux voler autour d’elle, que ces regards lui picotent la peau, un peu. Elle éclaire peut-être une petite place, assise et dévorant lentement un énorme sandwich, du genre qui lui prendra tant de temps qu’elle finira par en remballer les restes, la faute à la montre !
Mise en actes, représentations, constructions inachevées ou mal fondées. Il faudrait tout relire la clinique et ils ont recours à un acte qui calme et qui apaise. Battre ses enfants calme l’excitation des parents. Dans le délit sexuel c’est pareil
Il arrête par besoin de manger et pour chauffer l’autre jambe. Il est malin et pose sa tête sur ses cuisses. Elle lui parle un peu de ses bébés petits et grands. Elle parle et le monde est suspendu pour lui, calé entre deux tranches de bonheur.
Le repas est franchi. Il s’est déposé dans un coin pour se bercer de l’approche pluri focale des spécialistes du sujet traité. Il somnole gentiment.
ELLE
Sent que la fatigue la prend parfois par le bras pour l’entraîner vers le lit. Sent aussi qu’elle aimerait mettre avec lui le lit à l’envers, le dévaster pour y creuser une niche douce et y dormir jusqu’au réveil. Leur réveil ; Qui réveille l’autre ? Et en commençant par où ? Elle marche dans la rue en serrant les poings. Urgence des mots qui sont sortis de leur rail et commentaire laconique de son auditeur, il y a quelques minutes. Séance terminée, alors que larmes et mots sont encore mêlés. Fait chier ce type. Pourtant… Non c’est elle qui s’enfonce les ongles dans la paume des mains. Il est où l’autre ? Jamais là quand il faut, peut-être en train de dormir son déjeuner dans un coin de salle de conférence. Sans doute. Elle rit en se demandant s’il va ronfler et se trahir. Il en est capable, c’est sûr. IL la traiterait de saloperie s’il était là en faisant semblant de lui reprocher ses piques, profitant de la situation pour l’embrasser dans ses coins, tous ses coins, bouche chaude peau qui se hérisse.
Circonstances est-il écrit sur une vitrine d’assureur. Circonstances. Elle y pense, enfance, circonstances, stances à Sophie, Diderot qu’il a dit de rot….Les mots s’envolent et tourbillonnent ne riant. Il aimerait bien et ferait sans doute le lien avec sa bavarde de fille, qui entoure de mots, d’histoires et de mines ses parents et sa sœur, les infiltrations de peurs variées qui peuplent la jungle d’un jeune enfant. Il aime bien parler d’elle, et du bébé aussi. Elle aussi en parle avec délice, mais ce n’est pas pareil. Le soir sera beau, la lumière plate et sûre, la mer s’est affalée et luit sous le ciel pâle.
IL
Changer de page pour éviter de s’endormir. Enfourcher un autre texte, relancer son désordre psychique pour redresser les yeux, cesser de ne penser qu’à elle ? Pas possible, il s’est engagé et se veut sérieux sur ce type de contrat. Il tiendra mais dans une autre page. Autre page autre processus, autre irruption de phrases encore inconnues. C’est fascinant de savoir que le choix d’une autre page, le choix de cesser un dialogue à distance, chimère gentille et friable comme des croûtes de sable sur les plages océanes. Elle sait cet amour sans partage pour ces plages et ces dunes, pour la variété des couleurs et des formes, les saisons et l’humidité, le tournoi des vagues et la sévérité du vent. Il n’y a que quand ses mains se tendent vers lui qu’il peut laisser ses plages sans lui.

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