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POITIERS MANIFESTATION : QUE FAIT LA POLICE ?

Encore une belle histoire que le monde entier nous envie !
Samedi après midi, Poitiers est sous le soleil et le vent frais. Cent, deux cent puis vite bien plus de gens se rassemblent et se saluent gravement devant le Palais de Justice. Quelques rares pancartes sont présentées avec des visages de jeunes gens embastillés suite à un jugement rapide, depuis une semaine, suite aux incidents qu’a connu la ville samedi dernier en marge d’une manifestation contre la politique carcérale.
Sont présents une foule de représentants de la société civile, des jeunes et beaucoup de moins jeunes, des élus, maires (Philippe BROTTIER de Fontaine Le Comte) et député (Catherine COUTELLE) élus régionauix (comme JF MACAIRE), locaux comme Maryse DESBOURDES ou Eliane ROUSSEAU. Mais ils ne sont pas nombreux et l’absence du Maire de Poitiers fait tâche dans ce rassemblement qui est d’une gravité et d’un calme exemplaire. Quelques bébés sont dans leur poussette ou leur sac à dos. On ne nage pas dans le climat insurrectionnel que les médias ont voulu présenter il y a 8 jours et manifestement « le centre ville dévasté et saccagé » a été vite reconstruit… C’est vrai aussi que les  traces des poubelles brûlées et abribus défoncés, les tags et les vitrines brisées ont été promptement réparés par différents services, dès le dimanche. La promptitude n’est pas toujours la même, suivant les quartiers concernés et les circonstances…
Le centre ville est, comme d’habitude le samedi, plein de promeneurs et de danseurs de hip hop qui préparent le défilé de leur marionnette géante en osier sous l’oeil débonnaire d’un policier en vélo qui prend le soleil frais en écoutant distraitement son oreillette et en regardant les filles passer; (hi hi je savais bien que le Fabricauiteur était un peu cafteur, ndlr).
La manifestation silencieuse et grave traverse le centre ville, et entre dans le parc de BLOSSAC, joli jardin à la française qui domine la vallée du Clain. Un gros millier et demi de personnes sont présentes. La police, jusqu’alors discrète, quoique filmeuse, se fait présente mais en assez petit nombre, en tenue de combat avec armes, flashball, tonfa, bombes à gaz et caméras, un haut gradé, sans doute, à sa tête ( ou peut-être  car …des feuilles de chêne sur ses épaulettes…, le Fabricauteur n’est pas très branché sémiologie des grades dans les uniformes).
Le ciel est beau. Les gens discutent, on se rassemble pour tenter d’entendre les parents des jeunes qui veulent donner des infos de deux d’entre eux et clore la manifestation après. Il n’y a pas de sono.
Un brouhaha à quelques mètres et un type empoigné au milieu de la foule par deux policiers en tenue de combat. La foule gronde et commence à se rapporcher de la scène. C’est l’incompréhension et une soudaine montée de colère, d’adrénaline sans plus de précision. La foule devient bruissante de rumeurs : ils l’ont évacué suite à un malaise dit l’une, il avait insulté un flic dira l’autre… Le Fabricauteur dans une autre vie a travaillé dans l’urgence médicale et n’a jamais vu que l’on évacuait un malaise cardiaque de cette manière, debout entre deux  policiers assez enervés… Quant aux insultes, il eut fallu pour être conséquent coffrer quelques centaines d’agriculteurs ces dernières heures pour des propos désobligeants… Même police et même justice pour tous, voilà ce que souhaitent les citoyens ?
La proximité au contact, sans aucune raison tactique opposable a priori (à moins qu’un commissaire et des officiers de police plus des civils de la BAC et des policiers en grande tenue de combat soient un dispositif justifié pour protéger les bancs et les tilleuls de cet endroit de l’allée principale du parc de Blossac). Mais le Fabricauteur n’y connait pas grand chose en matière de maintien de l’ordre, même s’il se souvient de ses échanges intéressants à ce sujet avec des officiers supérieurs de CRS avec qui il a eu l’occasion de travailler et (honte à lui) même de sympathiser ! Horreur et désolation ! Ces coupables relations lui font penser que cette présence ostensible des policiers  »au contact » n’a pour but que de susciter des réactions et des quolibets de la part de manifestants un peu naïfs ( dommage) et en colère (compréhensible). Ainsi le premier qui balance une vanne est manu militari embarqué au beau milieu d’une manif très calme et cela fait monter la tension d’un coup. Ceux qui essayent de protester se font embarquer aussi, sans ménagement. Cela crée le désordre. Mon vieux pote officier supérieur des CRS (à la retraite désormais) m’a toujours expliqué que rarement les manifs posaient problème si les compagnies et les éléments visibles restaient à distance, présents en fait, sur les grandes villes, surtout pour sécuriser des sites, des accès, vider les places après la dispersion et éviter les classiques problèmes avec la centaine de provos qui restent sur place en attendant les charges. « La police n’est pas là pour créer du désordre » répétait-il toujours. On s’engueulait un peu et on buvait des coups (de rosé, pas de matraque).
Là, le désordre est venu de cette présence. Le Fabricauteur a déjà vu des manifs paysannes avec mille type traitant les policiers immobiles sous les jets de choux de « pourris » « d’enculés » (sic) et de tous les noms d’oiseaux désolants que l’on imagine sans qu’il soit procédé à une interpellation comme cette après-midi.
Il faut dire que le client semble être un gros bonnet ! Pas tout jeune, cardiaque et opéré lourdement à ce qui se dit du coeur et qui aurait (sous réserve tout cela) envisagé une parenté entre Monsieur PAPON citoyen célèbre comme préfet de police et complice des nazis avéré et les policiers présents.
Le Fabricauteur imagine la douleur morale de fonctionnaires à qui on rappelle, en situation, cette époque de notre histoire, période dont nous savons tous et toutes que « notre police démocratique et au service des citoyens » a la charge d’empêcher le retour. Se faire traiter de « feignasses » et de « trous du cul » jeudi matin par les agriculteurs n’a rien à voir en terme de gravité. Le Fabricauteur déplore cette inflation d’injures et la réprouve avec la même gravité qui sied aux questions sur les mots utilisés pour parler de la manifestation violente de la semaine dernière. Un peu de linguistique dans un monde de brutes !
Pour finir cette chronique, le Fabricauteur a eu de l’empathie pour ce motard de la police, laissé seul à un carrefour non loin de Blossac et qui voyait défiler les manifestants quittant enfin le Parc. Il était isolé, tendu comme un arc, manifestement inquiet. Que pouvait-il penser ce type là seul, livré à toutes les craintes de se retrouver agressé par des gens en colère d’avoir été bloqués par la police dans le Parc, après cet épisode très bref mais d’une grande violence symbolique? Mais peut on envisager que la stratégie de gestion des « DRH » de la police soit aussi de mettre leurs hommes sous pression, quitte à leur mentir en balançant dans le réseau radio des policier des formules du genre « il y a du grabuge » comme l’a redit un pandorre avec un air très autoritaire à une petite vieille qui voulait continuer sa route et qu’il a empêché de poursuivre. Les syndicats policers racontent plein de choses intéressantes sur ces manipulations internes, anodines dira-t-on mais constantes et bien efficaces diront certains. Les fonctionnaires de polices seraient pris en otages, instrumentalisés par des supérieurs politiquement dépendants ? Quelle horreur que d’avoir de telles mauvaises pensées ! Arrière Satan ! Cela ne peut exister…qu’au Chili, en Russie, en Italie, en Chine, en Espagne, en Grèce, en Angleterre, en Birmanie, en Belgique, etc… Pas en France, patrie des Droits de l’homme et ragnagna, et roudoudou.
A midi, sur France-inter Brassens balançait « au marché de Brive la Gaillarde, etc. ». Cette hécatombe est un classique de la chanson française. Il faudrait rajouter « à Blossac quelques douzaines de pandorres… » mais la chanson est moins jolie. Elle suintait de peur, de violence potentielle, d’effondrements possible.
C’est grave ce qui s’est passé et même le Fabricauteur n’a pas envie d’en rire. La Peur ? Grandes peurs et grandes colères, c’est sans issue! Une folie de discréditer en moins de huit jours justice, police, raison, responsabilité, intelligence des situations. D’un côté des criminels, des escrocs, des agresseurs authentiques sont punis légèrement en proportion, d’un autre côté on fait appel a minima pour coller en rison un peu plus ces gamins dont il est prouvé que certains n’étaient pas sur site au moment des faits qui leurs sont reprochés.
Quand la Société commence à montrer l’exemple du mensonge, de la vengeance, de la veulerie et de la duplicité, elle prépare des périodes dangereuses pour la démocratie et pour l’art de vivre ensemble.
Un patron voyou se barre avec des millions d’Euros  et il n’est qu’à peine poursuivi…  Un type qui insulte un policier ou lui balance un objet type pile ou canette prend des mois de prison ? Drôle de lecture du Code Pénal en tous cas.
Le Fabricauteur est un peu vieux mais il se dit ce soir que les incendiaires ne sont pas ceux que l’on croit !
Il est 17h30 samedi 17 octobre 2009 à Poitiers et une drôle d’odeur plane sur la ville.
J’ai froid aux os. Et vous ?

2 réponses à POITIERS MANIFESTATION : QUE FAIT LA POLICE ?

  1. Anonymous says:

    Etaient présents du conseil municipal de Poitiers
    Nathalie Rimbault -Raitière, Eliane Rousseau, JF Macaire, Jule Aimé, Yves Jean, Martine Gaboreau, Christiane Fraysse, Abderrazak Halloumi ,Maryse Desbourdes.
    "commentaire précision" adressé par mail sans autre considération par une conseillère municipale de Poitiers. Le Fabricauteur n'a pas reconnu tout le monde ! Quelle misère que la cataracte des quinquas !

  2. Coccinelle says:

    Bravo pour ce beau compte-rendu, c'est très agréable à lire :)

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