LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
letratag86@gmail.com

Les machines de Nantes en folies douces

Les chantiers navals sont morts, enfouis dans l’histoire d’une classe ouvrière fière de son savoir faire, dans l’histoire d’une ville entre mer, fleuve, marais et océan. D’autres villes se sont éteintes, sous des couches de rouille et de crasse. A Nantes pas ! La folie surgit ici et là dans des initiatives étranges qui fleurent bon l’apparente déraison d’une inutilité crasse et assumée.
Une mythologie de la navale et des biscuiteries a cédé la place à des monstres de fer et de bois, à des géants placides, à des esquisses géantes sur le ciel de l’estuaire. Des artistes ont posé leurs sacs et leurs folies et on les a laissé faire. Mieux , on les a aidé à déplier leur dingueries soigneuses, à essayer et à laisser le temps faire, polir et buriner. 
Un bel exemple de la fonction indispensable de l’inutilité, au sens productiviste, de l’art, des installations culturelles, des investissements urbains.
Les machines poussent et se montrent, s’animent en jouets géants, attirent des foules, font retentir les meuleuses et les burins dans ces entrepôts que l’on croyait fermés à jamais. Les machines voyagent, comme avant elles les transatlantiques massifs, sur les mers frisottées du globe.
Des plans, des cotes, des filins, des croquis et des engins, des paroles et des rires, un manège qui se prépare, roulotte immense des rêveries en tous genres, entre voyages et récits, mythes et folies douces.
j’ai vu, du bout du banc, une main se chauffer 
sur le métal puissant que le soleil tranquille câlinait d’un air tendre

Dans un jardin de île, la trace des chantiers de l’atlantique est partout sous les chaussures
aux pieds de la grue Titan qui veille d’un air jaune sur le bleu dur du port qu’elle ne servira plus.
Le métal est partout, surgissant du sol même, pour redire partout comment durant cent ans des milliers d’ouvriers, hommes et femmes de peine ont pu porter leur vie de la forge jusqu’à l’eau. Les cales tracent des biais dans la masse en béton, des herbes bien trop folles pour être du hasard longent des rails enfouis dans le sol, la poussière. Le fleuve attend son heure pour remonter d’un cran et puis baisser encore pour rappeler qu’ici l’océan commençait dans les hangars des forges.

photos  (c)DRP 2005-2010

Laisser un commentaire

Archives