LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et motsletratag86@gmail.com

Ranger les objets, les souvenirs, les mots, les rêves et les outils


Reçu un courriel évoquant des questions multiples d’objets laissés là par un départ. Ce pourrait être des outils des instruments, des accessoires. Au delà des objets entassés dans une grange, un garage, un sous-sol, il y a surtout à mon avis un tas de problèmes complexes liés à la nature d’objet de tous ces machins, ces trucs et ces bidules, ces bitonios qui encombrent nos allées. Avec le souci permanent de faire avancer la philosophie en Sarkozie inférieure, Le Fabricauteur a tenté de penser un peu

Le problème avec les objets c’est qu’ils nous servent jusqu’à l’oubli. Ensuite ils nous persécutent dès lors que nous le contemplons en tas inanimés. Le rangement et la benne les angoissent et ils projettent sur nous cette peur de manquer, cette peur de l’abandon des frénésies qui furent les nôtres lors de notre première rencontre : le sentiment de plénitude de réussir enfin telle manœuvre délicate ou improbable grâce au virlojeur de virgule à piston (uniquement en 12 volt, ce sont les meilleurs)!

Les histoires s’en mêlent, les images reviennent, nous sommes pris. Jeter la bordille rouillée c’est presque balancer de la falaise une journée d’amour, une nuit à l’attendre, une période faste, un pan de vie. Là on est serré, estrangoulé, coincé entre les histoires comme un renard dans son trou enfumé.

La supériorité des rêves, des imageries et des mots sur les objets me semble évidente. Il n’ya pas de place pour l’accumulation poussiéreuse. Les mots sont sans cesse en mouvement et le rêve n’a aucun temps à respecter. La rouille ne s’installe que si on la choisit comme teinte majeure. La rouille est un attirail superbe, comme un coucher de soleil sur le métal trop froid qui s’humanise enfin. Et sur deux phrases, un rêve, une image, elle va s’envoler dans un rire, suite à une rencontre, une retrouvaille, des années plus tard, laissant juste une trace infime, une patine pour bien sourire que le temps passé ponce et râpe, arrondit et polit mais sans jamais dénaturer.

Les mots sont vernis, il en ont de la chance, de pouvoir s’envoler, s’éparpiller en vol et se poser à nouveau, neufs sur les pages blanches, rutilants et pointus, féroces et caressants, au gré d’une main folle, d’un courrier expédié par des amants timbrés.


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