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sentir les distances (Fiche technique)

Il y a là une véritable complexité. L’entrelacs des relations, des liens et des rapports entre nous, petits humains soumis aux vents mauvais ou tièdes, est un fouillis qui nous égare.
Prenons la mousse visible et montrée de ces relations humaines : l’actualité vue par la presse, les ressources humaines dans une entreprise, les amants, anciens ou nouveaux. Ces trois catégories s’imposent.
La presse et les médias découpent et pointent, soulignent les tendances et les désamours. Si le député Machin dit cela, le sénateur Bidule complète ou contre « s’inscrit en faux » (traduire « l’autre abruti raconte des conneries »). Le porte parole va assumer les méandres de son chef, les mots vont être retournés comme on dépouille un lapin. Les sens ne voulant plus rien dire la distance est installée entre les oreilles et les mots. C’est un des aspects de la politique de certains dans nos démocraties occidentales. On balance et puis on dissèque jusqu’à ce que plus rien ne signifie rien.
Dans les entreprises on peaufine le mensonge éhonté que l’on fera passer pour une révélation pensée par une DRH ou un Directoire de gens pointus. Le vulgate va s’épuiser à décoder les termes et les sophismes, les arnaques langagières qui font qu’un budget devient un EPRD (état prévisionnel des recettes et dépenses).
Une démarche de rationalisation de l’usage de l’eau dans les toilettes (diminution mécanique du volume à chaque tiré de chasse d’eau) peut devenir une démarche qualité environnementale dans le référentiel de développement durable des pratiques collectives dans l’entreprise (DQERDDPCE). Eh oui, le mot a la cote du côté des technocrates de toutes obédiences. N’oublions pas qu’un ballon, pour certains psychopédagogues de l’éducation nationale est un « réferentiel bondissant » (sic).
Les mots et le langage cultivent là la distance avec la vie, la notre, histoire que nous n’ayons pas l’idée sotte et grenue de nous mêler de la chose publique, c’est à dire de faire de la politique, de nous soucier des sous et de leur emploi, des chasses d’eau et de l’eau, des ballons etc.
Et puis les amants et les amoureux ! Et là c’est encore plus complexe. Dan,s certains cas la distance et l’absence les rapprochera. parfois elle les laissera muets et sourds puis à nouveau si proche, en lien avec leurs collages passés. Bref, avec cette catégorie rien n’est classable. C’est le bazar, un peu comme un lit défait. Mais ce n’est jamais une défaite : la distance est là pour mesurer le temps et l’espace réel ou souhaité, envié, désiré entre le bout des doigts et la peau de l’autre.
Et parfois la proximité concrète évite les mots, les rend secondaires. Souvent les mots aiguisent en aiguisant les distances, comme promesses de retrouvailles. Un feu follet élastique de rapprochés et de kilomètres. Une bien belle distance, dure et saignante, folle et pleine de sueurs. Un délice.
En conclusion de cette fiche pédagogique gracieusement offerte par les conserveries de poisson Au long cours nous dirons que la distance est à la vie ce que le lest est au chalut : elle est indispensable mais pas suffisante pour remplir ses cales.

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