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TAKE SHELTER film de J.NICHOLS sortie janvier 2012

Take shelter (tous aux abris) de Jeff NICHOLS,  USA, 2011, 2H

Des acteurs excellents suffisent-ils à sauver un film ? Pas sûr.

Tous aux abris ?

Michael SHANNON joue à merveille  ce type ordinaire qui s’engouffre dans l’angoisse et la maladie mentale, mine de rien, touches après touches, avec un jeu d’images très savantes, un montage qui souligne parfois lourdement la virtuosité du cinéaste, des associations de bande son servant de ponts effectifs et symboliques entre des plans. Les allers et retours sont soignés, la photographie très belle et le témoin enjeu qu’est la petite fille sourde et muette rajoute de la profondeur à cette tension qui monte. Tous aux abris de l’angoisse, la schizophrénie n’est pas loin, héritée peut-être d’une mère qu’on aperçoit très peu, juste pour assurer la profondeur transgénérationnelle de l’argument.

Les symboles sont tous déclinés mais avec une longueur qui m’a fait un peu bailler :

  • l’arrière plan du libéralisme et des questions de sécurité sociale aux USA, de sur endettement des ménages, le travail de forage et l’emploi perdu, les trépans qui fouillent, la psychologue insuffisante qui fouille aussi, l’image paternelle est assurée par le psychiatre seul compétent qui impose des choix indiscutables, le chien sauvage potentiel, pulsionnel en diable, le couteau qui traîne, etc.

La description est très bien faite, la spirale bien déroulée, mais j’en ai tiré un long ennui, même si le jeu des acteurs, remarquables pour ce qui est des trois principaux, m’a sauvé  de la séance de somnolence.

Il me semble que l’écriture même du scénario aurait mérité plus de concision et d’ellipse, un traitement moins démonstratif et plus allusif. Dommage de surcroît que la mythologie et le tandem Orphée et Eurydice soient convoqués à la fin, pour la sortie de l’abri anti-tempête, dans un fouillis qui, peut-être, était destiné à laisser  penser que chacun puisse un jour déraper dans la maladie mentale, lot du hasard, cadeau pourri d’un dieu qui s’amuserait de  nous? Vision d’un simplisme assez terrible.

Lourde fin comme cette porte en acier s’ouvrant sur un ciel radieux.

 

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