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On efface tout on recommence ?

Un exemple de la gestion du vide.

Deux jours de crise aiguë autour d’un pauvre type complètement fou qui se prend pour un ange exterminateur chargé de vengeances diverses et variées.

Des dingues de ce genre il y en a eu pas mal et de diverses obédiences. Sont toujours plus inscrites dans la mémoire collective les traces de ces excités de la vengeance que celle des adeptes du compromis, de la négociation, du rapport de force socialisé par la parole, l’action pacifique.

Comme à chaque fois, les systèmes médiatiques de l’immédiateté sont en surchauffe, devant justifier de leur existence et de leur raison d’être sur une actualité…vide pendant des heures.

Un assassin est identifié, localisé, assiégé. On ne sait rien, ni de lui ni de ses motivations en un premier temps. Cela importe peu : pendant des heures des « experts » variés vont venir gloser à l’infini sur tout et sur rien, des envoyés spéciaux « sur place », « au coeur de l’action » vont décliner en boucle les phrases rituelles pour dire qu’ils n’ont rien à dire. Monsieur JOURDAIN de MOLIERE est pulvérisé dans la vanité des propos et les jeux de langues masquant le vide du message. ce qui compte est d’être là, sur fond de gyrophares, avec une mine de circonstance, pour dire qu’il n’y a rien de neuf à dire que 3 minutes avant….

Parfois il y a un peu de neuf, une rumeur, vite démentie mais que l’on a bien sûr annoncée comme vraie en direct ! Parfois un bruit d’hélico est confondu avec des détonations ! Le correspondant derrière son micro nous fait le coup de la guerre en direct, comme à l’époque de la guerre d’Irak, la première, avec ces correspondants masques à gaz au cou….à plus de deux mille kilomètres du front sur le toit d’un hôtel de luxe avec piscine et massages !

Le cortège des responsables se dirige vers nous d’un pas lent, comme dans une fin de série américaine : le ministre de l’intérieur s’exprime, le présumé coupable d’hier est devenu « le tueur ». il est mort.

Rien de précis sur comment. Il a sauté par la fenêtre et a été retrouvé mort …Mais il était au rez-de-chaussé….

Cela étant, que dans la fusillade( où deux policiers de plus ont été blessés ce matin) il se soit pris une balle tout en sautant par la fenêtre, cela n’aurait rien d’incroyable ni de scandaleux; ce qui étonne est le flou annoncé. Qu’importe. Cela ne va pas résoudre ni la douleur des proches de victimes ni les problématiques folles qui conduisent ce genre de type à se prendre pour un archange tueur.

Et bien sûr on ne va pas non plus s’éterniser sur ces chaines de télé ou de radio sur la crise au proche orient, sur les mécanismes d’identification qui approvisionnent en frapadingues prêts au » martyr » les mouvances de tout poils.

On va ranger les camions régie, rapatrier les « envoyés » spéciaux du » front » et repartir sur les ennuis de l’O.M, les espoirs des nageurs, etc.

La peur brute, l’absurde restera sans mots, les préjugés vont gonfler un peu plus, dans tous les sens, jusqu’à la prochaine fois ? Et déjà pas mal de gens se demandent comment ces évènements vont profiter à tel ou tel candidat.

 » Les principaux candidats gardent un deuil sur les sondages » titrait avec finesse le Canard Enchaîné.

En un titre, cet excellent journal pose parfaitement les choses et cette lucidité est terrible, car si isolée dans le tourbillon quasi à sens unique des panurgismes de la presse et des médias audiovisuels.

Une des raisons qui ont poussé sans doute ce pauvre type à devenir un salopard immonde est justement là, dans l’absence de capacité de recul que ces médias représentent et de l’inintelligence dont ils sont les actifs promoteurs au niveau de millions de gens. Un des premier crimes dans cette chaîne est bien là, non dit, non identifié, bien rentable au fond, pour pas mal de gens. L’image de la folie, de la guerre, des violences diverses est un produit rentable et extensible. La sensation, la peur, l’angoisse, le dégoût sont des émotions humaine transformées dans ce type de situation en marchandise pour agences de presse, en piques entre candidats, en argumentaires ignobles, en culture étuvée de haines à venir.

Les médias passent à autre chose, Machin chose passe en pages «arrière plan » des journaux, jusqu’à la prochaine fois. La mémoire ne fait pas partie du lot, le souvenir rangé dans le tiroir des objets inutiles

Sauf pour les familles des victimes !

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