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Les ronds-points, enfin du sérieux !

Digression ronde et pointue

Si l’on appliquait la logique des ronds points à l’écriture on arriverait à des trucs extraordinaires.

Admettons la ponctuation habituelle du point qui clôt les phrases… Je termine ma phrase. Point. Ce qui fait qu’on baisse le ton, en fin de phrase, en français. Eh bien, cette ponctuation du point ou du point virgule qui, lui, permet de passer à autre chose, tout en restant dans la même phrase sans trop s’emmerder à différencier les éléments, mais quand même, permet une information complémentaire, une pause aussi car on soufflera au milieu. Imaginons que l’on introduise le rond point.

Le rond point dans une phrase permettrait à une foule de mots et de morceaux de phrase de s’engouffrer comme ça, de façon circulaire, et ça donnerait des cacophonies absolument incroyables : des ronds points de mots, point de mots, point de mots en tous cas. Des ronds points de mots avec priorité, tantôt à gauche, tantôt à droite, priorité aux gros mots, priorité aux mots légers, priorité aux mots d’amours, etc. suivant les critères qu’on pourrait poser. Ce serait terrible, ces ronds points.Je sais pas moi, mais finir une phrase du genre  » je suis mon cher ami très content de vous voir « , (c’est un alexandrin, pas le cher ami mais ce que je viens de dire), finir classiquement une phrase comme ça, c’est banal ; mais si l’on finit par un rond point  » je suis mon cher ami très content de vous voir…Charles est blasé étables à gauche et la voiture grise qui passe petit pont merde c’est rayé tiens qu’est-ce que j’ai acheté j’ai oublié la morue je chausse du 43, etc.» On en arrive à des cacophonies épouvantables : le rond point ne permet pas aux mots de s’organiser dans la phrase. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de transformer le point et le point virgule par le rond point. Non car le mélange risque de créer la confusion et le lecteur ne s’y retrouvera pas . C’est quand même un problème imposant. Il y a bien des situations où l’on pourrait remplacer le point par un rond point, dans la mesure où les phrases se bousculent et deviennent cacophonie…dans le délire par exemple. Un homme qui délire et qui tout à coup termine une phrase par un rond point et qui se met à partir en tous sens, à faire surgir mots, phrases, expressions et sentences, évocations diverses…mais là on se dit  » il est malade « . Je pense qu’une des manières de soigner ces gens là serait en fait de les informer de la restitution du rôle du point et du point virgule. Leur dire que c’est bien fini, le rond point.

Terminé, on arrête, on n’utilise plus le rond point ! Allons, cela ne serait pas facile quand même car il faudrait que les gens qui leur expliquent ça aient une maitrise minimale de la grammaire, de la syntaxe, des artéfacts du langage, des délices en tous genres que nous réserve le français, les langues en général. Ce serait plutôt plaisant, sans doute délicieux. D’ailleurs je pense qu’on pourrait apporter un amendement intéressant à cette théorie que je viens d’évoquer, que je vais déposer, je pense, car je ne fais pas confiance aux gens qui lisent les notes de ce genre et qui seraient bien capables d’aller à la propriété industrielle déposer avant moi ce brevet, pour pouvoir se gaver de gougères avec le produit indu de leur rapine, voire même d’autres gâteaux…passons. Je ne suis pas là pour dire du mal !Donc, cette théorie intéressante pourrait être complétée.Bon là je suis en train d’essayer, au péril de ma vie, de doubler un tracteur, car il est très large.Il faudrait donc envisager quelques additifs, envisager notamment en ce qui concerne les grands délirants , voire même les gens de peu de mots, car finalement, on va en parler après, car finalement ça se ressemble, bref on pourrait envisager de créer des points rencontre, c’est à dire qu’effectivement parfois les gens ont du mal lorsqu’ils disent quelque chose à quelqu’un d’autre à obtenir une réponse voire même à susciter une attention particulière ni aucune empathie ou compréhension, ce qui est plus grave, de la part de leur interlocuteur…

Donc, amis linguistes enthousiastes, amis drogués bonjour…le point rencontre se situerait à la fin d’une phrase. Par exemple, deux personnes un peu abruties n’ayant rien à se dire et ne se comprenant pas pourraient dire, diraient ordinairement pardon  » le ciel est gris et le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle  » Le mec en face qui boit son déca il s’en fout du ciel et du couvercle. Par contre  » le ciel est gris et le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Point rencontre !  » Bingo Le type à l’œil terne et éteint qui était en train d’essayer de lire son avenir hélas complètement certain à la surface irisée de sa tasse de café tiède et pas bon, ce type là tout à coup, voit son univers s’ensoleiller. Point rencontre, tout à coup ça excite son neurone,il se dit « tiens je vais écouter », rencontre, rencontre… Et donc laisse la page rencontres du figaro, de Libé ou du Nouvel Obs tous les mercredis 40 € la ligne TTC pour écouter ce que dit l’autre car cette ponctuation nouvelle a créé une surprise et donc une envie de communiquer. Et çà c’est quelque chose qui peut tout à fait bien fonctionner ! Après, lorsque les gens ont commencé à communiquer, la question du point se pose différemment car l’objectif n’est pas seulement que les gens se rencontrent C’est très bien mais c’est vrai qu’au niveau d’un rond point, on va avoir dans les discussions un grand cercle d’amis et que le bordel va se généraliser, que le phénomène de communication va s’amplifier et devenir très difficile à gérer.On pourrait donc envisager d’organiser les choses et les relations entre les gens avec une nouvelle modalité de ponctuation des phrases et du discours. Au lieu d’en fin de phrase de mettre un point, ou un point rencontre, on pourrait mettre un point de vue. Alors là le point de vue change tout car là tout à coup l’auditeur attiré par l’énoncé initial se retrouve confronté à un choix : accepte-t-il ou refuse-t-il ou se met-il, critique-t-il, le point de vue de l’autre ? Nous assistons déjà à quelque chose de très complexe dans les relations humaines, et les rapports du langage aux relations humaines.Donc rond point, point de rencontre, point de vue… sont des additifs intéressants susceptibles d’aider l’humanité souffrante en cas de problème de langage dus à différentes pathologies ou situations. Alors me direz vous (si si dites le) et le sens du sacré dans tout cela disparait un petit peu….mais je répondrai non, sans hésiter. Rien ne nous empêche de rajouter dans la ponctuation le point de croix, qui donnera une dimension chrétienne à toutes ces choses et satisfera les plus exigeants. J’ai bien peur que des gens me cherchent des noises en me disant que tout ça ne permet pas de créer des liens entre les hommes.

Alors je dis stop et là j’ai une idée, une solution. Dans le langage courant, si vous sentez qu’il y a un fossé, une césure, des limitations trop grandes entre les gens, n’hésitez pas, placez un point de suture ! C’est un lien qui est solide un lien de chair. Un point de suture peut bien compléter le dispositif.Il y a également le problème de comment faire pour que le destinataire d’un message soit tout à fait adéquat. On me pose cette question dans de nombreuses conférences et je répond sans hésiter, pas de problème. Le point de mire est parfait.Avec le point de mire, vous visez votre interlocuteur, et vous vous assurez de sa disponibilité. Mais comment ça vous le visez…mais il n’est pas forcément disponible. Attention, au point de mire il faut rajouter aussitôt le point d’impact : alors là il est disponible. Avec ce qu’il a pris dans la tronche il peut pas faire autrement.Les points de suspension laissent rêver les amoureux et ceux d’exclamation accompagnent les diatribes, les colères.Ces prolégomènes succincts à l’étude du point dans tous ses états ne laisse pas indifférents, j’ose espérer, le lecteur philologue averti. Donc toutes ces histoires de points sont excessivement importantes et  cette théorie va faire l’objet d’une présentation en alexandrin et en vers solitaires, à Loudun à l’académie supérieure de Chouppes, en un premier temps.

Pour conclure et au risque de lasser, il est un point qui prévaut et accompagne le bon gout, … c’est le point trop n’en faut.

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