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MARCHE OU REVE

Je regarde en dedans un rêve pas si loin. Une barque tranquille avançait à coup sûr, d’une allure tranquille, sous les efforts rangés d’un rameur effacé par son chapeau de feutre. L’eau n’était pas trop lisse, d’un gris vague de loin mais strié vu de près, constellée de griffures délicates, lettres imprimées. Leur multitude la rendait floue, elle était d’un blanc roux.

La poutre de proue de la barque séparait l’eau d’un trait puissant. Un ourlet se formait, déclenchant le vague douce et têtue qui froncerait l’eau jusqu’aux rives, sans bruit. Des lettres se bousculaient et roulaient sur les autres. Ma question était juste de savoir si un texte intelligible allait se former sur les berges, à l’échouage de ce mouvement discret.

 

Un fantôme de bois surveillant la forêt poussée sur le charnier

 

 

J’attendais donc de longues minutes que la portion accessible d’une minuscule plage de quelques centimètres soit atteinte par le raz de marée. Ma patience me permit de déchiffrer et de reproduire donc ici ces éléments que j’ai notés à même mon bras, faute de carnet. Je sais bien que dans les rêves il serait utile de penser à emporter avec soi de quoi noter mais en ces temps, je manque un peu de soin pour ces choses là.

Les ombre parfois dévorent

En écartant les yeux j’ai noté.

Marin peau douce frottée au soleil regarde le ciel cligner d’un œil pour rire et les oiseaux paresseux ramer en l’air vers l’Afrique. Compter les jours et les semaines, apprivoiser les rengaines et les silences, tenter le diable, mais noter son adresse. Si l’on buvait l’eau des fontaines à pleines mains, sans se faire chier !

Je n’ai pu tout relever car la vase et le sable ont séché vite, sans conserver aux lettres une lisibilité. Racornies elles devenaient des lichens sans importance.

Oser y croire encore loin si loin vers la mer des poussières et des plumes de vie…

Je me plaindrai un jour au bureau des rêves de ces interruptions inopinées, de ces réveils pénibles.

A mort les réveils matin !

Le sens des tournants, leur ébrieuse indolence, la tristesse aussi, le label des cœurs cassés, les souvenirs compactés qui envahissent soudain d’oiseaux de malheur les matins de ciels pâles.

Page qui tourne, histoire que l’on détourne sans sourire ni certitudes autres que celles de l’avenir qui rétrécit. Avec le temps on ne finit pas par oublier, on range dans les greniers des strates instables de bouts de vie.

On y passera tous un jour dit le content, huilant sa vie de brillantine pour qu’aucun cheveu ne dépasse.

 

Elle taînait par là entre des draps frais dans un rêve froissé

grimaces de plâtre et de cailloux

 

 

La grêle d’un banjo détache les notes comme on épile les poils autour des trous de nez sans savoir bien ce qu’on attrape. Le jour hésite à se lever. Au vu de ce que la journée annonce c’est compréhensible.

Moi j’hésite à te quitter, le rêve était bien confortable.

Une réponse à MARCHE OU REVE

  1. joli mélange, grinçant bazar! belles images et arrières sens féconds. Continuez! Merci.
    V J

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