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Dune pâle mer de plomb

Partir d’un rien pour arriver nulle part, juste au bout d’une phrase en faisant un détour par la plage et le désert tout calme d’un océan posé comme une flaque paresseuse. Cela ne lui ressemble pourtant pas. Il est d’une tranquillité irritante, à peine troublée par un ourlet discret, quasi muet sur la plage lissée par la marée.

Plus loin vers le sud, de courageuses broussailles se dressent au ras du sable, racines enfouies jusqu’à un semblant de terre, pour survivre. Les rhizome ont peu de chance ici de se répandre en surprises sous la grève. Le sel veille au grain et tue tout ce qui vit, conservant dans une poudre collante des résidus, des fragments de ce plantes qui se sont risquées à pousser trop près de la ligne de mer haute.

 

Vers le nord la brume cache les immeubles qui trouent la forêt de verrues anciennes .

 

Je monte plus haut vers la bosse immense qui découpe sa ligne floue dans le ciel d’hiver pâle et bleu. Le matin le désert n’est pas fréquenté. Le matin le désert le reste. Je croiserai avec plaisir quelques êtres humains dans la matinée, c’est dire. En attendant j’écoute juste le  sifflement chuinté de mes pas dans la poudre fine. Suivant comment je plante mes pieds dans la pente, suivant la densité du sable, la musique est différente.

J’arrive sur le dos de la baleine. Elle dort bien et ce n’est pas le crabe d’Arguin qui va la réveiller. IL s’étale au soleil naissant sous ses draps de brume et d’ombres. Un vol d’oiseaux très lents remonte vers le Cap, signature bien nette dans le ciel qui surgit peu à ^peu.

 

Arrivé au plus haut se pose la question idiote de descendre. Comme toujours j’hésite. Comme toujours je regrette d’être monté seul. Des odeurs et des silences de cette intensité se partagent comme un quignon de pain frais.

Allongé sur le dos je regarde le ciel qui répand sur le sable des roses et des bleus pâles, des nuances de brun, calligraphies subtiles que le vent du montant va réécrire sans cesse. Je commence à entendre le vacarme doux des rouleaux vers l’ouest de l’autre côté du grand Banc. Mon oreille s’est faite, discrimine les cris d’oiseau dans la forêt, ceux des vols sur les Passes sud, le timide moteur d’une pinasse qui crachote en traversant du Moulleau vers le Cap. Et puis mon coeur aussi qui cogne les silences, doucement agité, se demandant  pourquoi n’être pas là est si troublant.

 

Et je m’endors un peu au chaud d’un creux de dune, gisant vers le ciel propre comme un drap repassé. Le monde peut s’arrêter, je l’attendrai sans peine. Juste un petit rien grand chose qui me manque, un moins que pas du tout, un regard de sourire comme un toit pour l’hiver, une lumière pâle pour écrire la nuit. Nos nuits.

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