LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
letratag86@gmail.com

Des horizons de brumes et d’eaux

estuaire de la Gironde vue vers l'est 2018

Sur un estuaire les couleurs de l’air sont variées, instables. La même image prise un quart d’heure après sera très différente, le soleil modifiant les bancs de brumes et la fumée de l’eau. Car l’eau fume le matin, et parfois aussi le soir.

Dans la journée, suivant les marées elle fulmine, gronde avec le mascaret, organise le défilé rapide des troncs et des branches qui s’amassent parfois et font craquer digues et pontons.

Le paysage change de sens et de mouvements, de couleurs et d’odeurs, plusieurs fois par jour. La Lune joue, la mer s’enfle et se contracte, respiration infinie bien visible, lorsque les berges luisent des reflets métalliques de la vase découverte par les eaux.

Un cygne dédaigneux promène sa certitude de blancheur au dessus du grand fleuve.

Je termine un chapitre en cornant la page.

J’attendrai que le courant s’inverse pour partir me promener. L’étale est une sensation de temps suspendu délicieuse, pause générale de quelques minutes où l’on sent la nature hésiter, puis replonger dans un mouvement inéluctable. Un grand tronc fantomatique stagne en face du carrelet où je suis assis. Nous nous dévisageons. Il va repartir vers la mer et reviendra peut-être encore dans une dizaine d’heure, prisonnier d’un va et vient qui le libérera au gré des coefficients de la marée.

Sur le tronc, un canard farfouille un trou vaseux et semble ravi de l’aubaine.

Le ciel est rond comme une pomme.

 

 

Laisser un commentaire

Archives