LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
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Le soleil qui brûle fait pousser les mots

Carnet

Quelle longue tâche que de tisser entre les pages de ce carnet une trame de sens, un tissu qui puisse ressembler à quelque chose, qui permette à quelqu’un de s’approprier des bribes et des fils.

Fétichisme du papier, d’un joli carnet de cuir provoquant lignes et images.

C’est sa faute, forcément. En général on offrira à un homme une perceuse, les mémoires d’une star du foot-ball, des DVD de comédies osées. Mais en tous cas jamais une telle surface….

Une bonne centaine de pages de 10,5×15 soit environ 31500 cm² !

Trente mille centimètres à garnir de mots, avec de véritables morceaux de vie dedans.

Tâche ingrate et titanesque alors que je suis limite cacochyme. Halte aux maltraitances. Tu es un monstre sans pitié, froid et retors, gérontophile à coup sûr.

Et moi, dans ce train instable je tente d’aligner quelques phrases avec peine, une roue crevée expliquant peut-être ces à coups et ce roulis. A côté de moi, une adolescente déguisée en orange dort dans ses mains, couverte de cheveux noirs. Elle ronfle un peu parfois. C’est mignon. Mais j’ai fini mon bouquin en me disant que je vrai en écrire un nouveau sur les mots voyageurs, les images qui se balancent devant mes yeux, comme des lampions de la fête des Dragons.Le plan est complexe. J’ai dans les oreilles le saxo de mon fils qui joue comme en direct de Catalogne. La fille orangée s’est réveillée en sursaut en disant « putain ». Puis, s’excusant elle me précise qu’elle n’a pas l’habitude de s’endormir dans le train. Je refuse ses excuses avec sévérité en regrettant qu’elle de soit pas verbalisée pour un supplément couchette et que je la dénoncerai au marchand de sable. Elle rit après un instant de surprise et se lève pour aller aux toilettes ou se moucher dans l’espace entre les voitures. Elle revient et m’offre un bonbon. Je lui précise que tenter de me corrompre ne servirait à rien et que fidèle à la France de 1942 en train de revenir en vogue, je m’entraîne à la délation. Elle rigole encore plus et se met à tricoter un pull rouge assez laid. Ses doigts aux mitaines orangées , la teinte criarde du pull…La valse précise de ses doigts me plaît bien et je recherche avec succès une musique adéquate pour mes oreilles. Je tombe pile. Avant de laisser Neil Young siruper dans ma tête, je lui demande si elle en veut à quelqu’un au point d’avoir pris une laine aussi laide ! Elle rit encore et me réplique de la laisser tranquille car en fait ce pull est pour moi et elle compte le finir avant Bordeaux.. Je me suis fait avoir ;

Dehors un tunnel a fait nuit, d’un coup. Nous en sortons dans un mugissement bref mais le gris sale s’est bien installé au dessus de la tranchée sombre de la voie.

Questions aux étudiants.

(groupe de travail sur l’absurdie et le langage)

Pourquoi ne pas apprendre à chanter ou à se faire de nouveaux amis ?

Pour lire l’heure la nuit aisément ne serait-il pas opportun d’installer des aiguilles d’horloge sur la Lune ?

Si j’avais des branchies, pourrais-je pour autant discuter avec les soles, les poulpes et les marsouins  (les autres espèce ne sont pas causeuses et n’ont rien à raconter en général parait-il, selon  Monseigneur  Machin Chose) ?

Un canard savant et palmé peut-il apprécier les vieux rondeaux chantés au V° siècle en Limousin ?
Réponses des étudiants: ON S’EN FOUT !

Commentaire aux étudiants :

Bon je spéculais juste dans le but de faire avancer l’Humanité mais si vous vous en branlez, je vous laisse à vos onanismes de langoustine pré-pubère.
Protestations outrées des étudiants : « ne mêlons pas les animaux à nos jeux » précise une représentante de la SPA, secrétaire aux crustacés de la SPA du Bas Berry.

 

Je me souviens d’une rose dont je n’ai pas voulu, par hasard et par peur. J’étais un peu rossignol fatigué de chanter juste.

Je me souviens des yeux en larmes de ce voyageur figé sur le quai, attendant un départ impossible ou un retour improbable. Et j’avais des mains chaudes que je gardais pour moi… Qu’aurait-il dit si j’avais tenté de dénouer un peu les sanglots de sa gorge ? A chacun ses pleurs ? A chacun de souffrir et de jouir à sa guise ?

C’est le libéralisme qui proclame cette ineptie alexithymie, une recommandation mortifère et stérile..

Quand les oiseaux volent sur le dos, il faut que l’on s’aide à imaginer les vies, nos vies. Sous peine d’être craquelés comme le fond d’une mare à la fin d’un été trop chaud.

Exercice n°12437

Une personne dort à moins de 50 cm de vous. Quelle fonction auront des dentelles pendant des tours d’une citadelle ? Suite à cette fonction établie, envisagez de dégager une règle allant du fin fond de notre mémoire jusqu’au pistil des pissenlits.

Vous avez 30 minutes.

Merde, une interro surprise. Et je viens de rater un appel

Bureau : tranche

Dans l’immense bâtiment flotte une rumeur, un bruit de fond parlant de peinture, de surréalisme, de cubisme. Une voix conquise explique à des gamins silencieux. Ailleurs une voix gronde et tonne. L’explication semble ardue. Les échanges fusent et montent en puissance sonore.

Devant moi un gamin pleure, content de pouvoir, en silence, sans gêne, laisser ses émotions dans ce petit bureau. Je lui propose des mouchoirs. Il sourit et redouble de larmes. Calmé enfin, il repart, un peu moins voûté, comme si son grand petit corps s’était allégé. On se reverra dans huit jours m’affirme-t-il sans question pour me demander mon avis ou ma disponibilité. Il a senti l’évidence de cette retrouvaille. Mais je ne fournirai pas les mouchoirs cette fois !

 

Recette :

mélanger les abandons et les silences, secouer sans que cela mousse. Incorporez des regrets, des fureurs, des odeurs et de bruits. Laissez reposer une nuit. Roulez dans un rêve la pâte ainsi obtenue et garnir de souvenirs confus. Quelques heures à égoutter en plein soleil, versez deux trois larmes dessus et croquez dedans avec délicatesse.

Les mots.

Je reviens sur cette expression délicate : « je suis votre obligé-e, vous m’obligez… »Ce français précieux, ancien et pu usité m’épate par sa concision et sa finesse. Les radios emplissent nos oreilles de débats pré-fabriqués sur le sens de mots, sur la déchéance, etc.

Et le débat du jour porte sur la simplification de la langue qui « gêne les gens, qui impose un carcan, qui rebute…il faut l’alléger «  ce français qui emmerde !

Prenons les mots Code du Travail et mettons-le à la place de français. Les phrases, les arguments, les enchaînements et les syllogismes sont les mêmes, aussi crétins et vides, du prêt à penser, du prêt à vomir, de l’évidence de pacotille enchaînée à une « logique » boulet.

Amusante posture des bien-pensants réactionnaires ou bien cadres du PS (c’est quasi pareil) : ils sont pour la liquidation du Code du travail et les mêmes, militants de l’immuabilité de l’orthographe alignent les âneries avec verve. D’un côté ils défendent « c’est de l’idéologie de refuser qu’on touche au Code du travail », et de l’autre ils assument comme des ânes sans bât la très idéologique assertion académique qui date du XVII° siècle: le masculin l’emporte sur le féminin » pour les accords de genre. Les badernes en perruques d’impuissance et de morgue d’il y a plus de 300 ans ont des successeurs zélés, à l’Académie….

Comme les culs bénits concupiscents, les réactionnaires de tout poil sont à la pensée, à la raison, ce que la girouette est au vent. A ceci près que la girouette sert à quelque chose. Les pantins eux ne font que se servir, dans la majorité des cas

Les portes d’ELISA

Ils se rêvaient immenses et n’étaient que partie,

Dans des embruns trop froids séparés chaque jour

par des vagues obstinées qui épuisent le temps.

Ils se pensaient sans peur et grelottaient en douce,

Papillons détrempés par l’orage constant : la distance morsure qui jamais ne referme

Ces fenêtres en douceurs

Sur les passés perdus.

La mère crie au vide,

Le père lui se tait.

Élisa aux grands yeux

Attends de la tristesse

Qu’elle trouve les mots pour voler bien plus haut

Au-dessus des grands arbres,

Doigtant un ciel jaunasse

Élisa peut sourire

Mais se retient un peu

Élisa veut se taire

Et oublier les routes

Les trajets innombrables

De sa vie toute jeune.

Élisa et son violon…

Ils défient les éclairs

Le silence des bouches

La danse de l’archet

Papillon à ses doigts

Quand même !

Comment penser un passé clôt ? Fermé comme un pré, enceint de fil de fer. L’herbe au loin qui s’agite et les mains restent vides, en attente sans foi d’une arrivée magique.

Sa peau ne viendra pas avec sa chaleur sourde remuer mes nuages, désembuer le ciel. Un violoncelle lance la voix baroque qui monte vers les cintres du Théâtre vieillot. Elle devrait être là, ce vide emplit tout. J’ai dans l’oreille le timbre de sa voix, que je repère entre mille. Je n’ai que ces traces, des fossiles de ces passions aussi folles que douces. Je n’ai rien en fait, juste une collection d’écorces amères, un peu de parfum, un sourire un regard. Trésors de rêves anciens perdus au matin. J’ai le vent sur le dos, des gouttes se faufilent sous mes vêtements. Il y a longtemps, ses doigts, ses mains faisaient de même. M’aiment. Panser.

Ils se disaient…

Le piano s’est tu.

Lui : je viendrai

Elle : tu m’attendras ?

Lui : jusqu’à prendre racine,

Elle : je sais mais quand ?

Lui : toujours où tu voudras

Elle : jusqu’au bout ?

Lui : juste au bout, jusqu’au bout de mon bras

Elle : et il y aura ta main ? La mienne y glissera.

Lui : je ne suis jamais loin de ta main en murmures

Elle : je poserai ma tête et tu me parleras ?

Lui : regarder tes yeux gris endormis et tranquilles tes cheveux étalés, la douceur sous mes doigts, sous ma bouche…

Le piano reprendra

 

L’eau qui grignote

L’eau crépite sur le toit

Éteindra éteindra pas

 

Aventure vécue dans le train

Au cœur des ténèbres titre la magazine d’à côté.

Page tournée les ailes du désir annoncent des réjouissances qu’une colonne « invités surprise » laisse augurer de bonne façon.

Merde, les dangereux fantômes ont pris la page, prestement évanouis dans une niaiserie cosmétique promettant amour gloire beauté jeunesse et plus de pils aux jambes.

Que c’est difficile de lire le journal de la voisine feuilleteuse

Mots entre veille et sommeil

Pleurent les pluies, rampe le vent, gratte le sable qui prend son vol. Quand la Dune s’anime et marche, à pas de loup d’un ralenti silence, engloutissant arbres et maisons. Mes souvenirs ensablent mes temps, ces bonheurs étonnants conservés bien au chaud sous ma Dune discrète qui les couve sans fin.

Regarde bien là-bas l’océan bave aux lèvres qui éructe sa plainte en tempête ce soir.

Des montagnes moussues blanche comme le diable, s’agitent vers le large et volent en lambeaux. Arguin reste posé, comme un crabe enterré. Il attendra ses proies, la marée repartant, les bancs de poissons vifs prisonniers dans ses flaques. Juste le temps que la

Un tube au néon va mourir. Avant, il me strie les yeux et tout clignote à sa guise. Le matin commence, entre l’éclairage facétieux et le ciel sale et visqueux. Petite semaine en perspective. J’ai rêvé cette nuit de vacances immenses où tout peut prendre son temps, voire le perdre. Je commençais à préparer un grand tableau, un châssis de plusieurs mètres en me disant que je n’avais pas encore osé me confronter à un tel format.

Au-delà du format humain moyen, le fait de se battre contre une surface qui nous dépasse, de tenter de lui donner sens et mouvement, il s’agit bien d’une bataille. J’avais le temps d’y rêver.

Peindre et écrire , étagères remplies d’empilages bizarre à mettre en plan, au sol ou sur un mur.

2 réponses à Le soleil qui brûle fait pousser les mots

  1. Joli Bolet says:

    « L’eau qui grignote
    L’eau crépite sur le toit

    Éteindra éteindra pas »

    Il manque quelque chose comme « le ou les feu(x) qui couvent autour de toi », espèce de vieil alzheimeux.

    Je connais mes classiques.

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