LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
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Petites proses gardées au chaud

Regarder quelqu’un, penser à déplier ses pétales, pétiller d’un œil vif, rebondir en désordre sur mes mots, des réflexions, des bêtises sans doute. Entendre leur retour à ces mots essayées, se velouter l’oreille des avis des formules, des regards de parole tracés à la va vite sur un coin de cadran, d’écran vibrant dans un bus, un train.

Se dire qu’ainsi les humains parlent et se disent, essuyant des mots avec des chiffons sales, polissant des formules et les ajustant jusqu’à ce que les palabres accordent les vents de chacun chacune.

J’aime beaucoup palabrer avec lui, y rajouter deux « r » et parlarbrer aux cyprès chauves qui enjambent le ciel de leurs élans puissants.

Un oiseau de soleil sur l’épaule m’a raconté ce soir l’au-delà des pays où il ne pleut jamais et puis ce vent si sec qui remue les poussières et concasse le sable. Je ne l’ai pas trop cru et sans se vexer il est parti ailleurs.

J’ai pensé à d’autres choses après son envol.

La morale, le langage sont des accessoires élastiques et mous. Socrate n’en finira jamais de sa dénonciation des sophistes et autres acrobates. Faire des promesses aux gens, puis ne pas les tenir est considéré comme immoral, d’un domaine proche de la tromperie, du mensonge.

Faire des promesses et revendiquer de ne pas les tenir, en se prévalant d’un courage pour assumer cette volte de la parole récriée et souillée serait devenu une qualité ! Formidable arsenal de la rouerie minable de Trissotins imbus d’eux-mêmes et de politiciens méprisables ? Ou ne s’agit-il pas de l’évolution tragique de l’intelligence vers les bas-fonds de la démagogie et de l’affairisme, de l’ennui ? Pragmatisme ? Le mot à la mode «  Nietzsche envisageait que «  l’économie et la technique sont devenus le destin de l’Homme » La raison comptable, le sérieux prétendu scientifique des chiffres, la financiarisation du vivant, voire de l’immatériel, des liens sociaux, l’expertise autoproclamée de bureaucrates concentrés sur leur survie…Tout cela se noue et contribue à nourrir l’absence de débats citoyens, fait taire les envies, les rêveries, les projets féconds.

Au fond, nous abordons une période où toute l’absence d’ambition réelle n’est que le négatif de cet ordre imbécile dans lequel on nous enfarine. Et qui plus est ce froment est souvent toxique, plein de soi-disant progrès inévitables et excluant toute démocratie réelle. Gare aux grumeaux !

Rendez-vous aux prochains désastres ?!

La raison humaine sous la tutelle des banquiers, des experts et autres gens sérieux, des politiciens sociaux-démocrates aux ongles peints et à la bedaine installée dans leur boutique de profiteurs de misères. On nage dans le progrès ! Un président peu élu, des politiciens de carrière, organisent le spectacle, le cirque d’alliances obscures, font de la diversion en permanence s’appuyant sur ce qui est l’arme fatale de ces « démocraties » : les médias et autres appareils idéologiques de formatage développés dans nos sociétés. Pensons aux partis institutionnels, aux syndicalistes de salon, aux églises de toutes confessions et associations relais. Le vide s’installe et les gens en placent ont du souci à se faire si la masse des gens de nos pays se souvient qu’elle a des pieds, pour se mettre debout, marcher, courir et botter quelques culs bien gras !

Train.

Vers la souffrance ordinaire, cette vie qui s’en va avec les yeux enfoncés, cernés d’ombres décrochés des visages et des objets à fixer. La rencontre des regards ne se fait plus que rarement..

Cette chronique pourrait s’étirer, depuis des mois. Les mains sont froides et tordues par leur inutilité nouvelle. Elles ne servent plus. Comme des parties entières du corps sont vacants, les mots ne suffisent pas longtemps et jouent faux comme un piano abandonné, sans accord prévisible.

Un jour ordinaire s’ouvre et se ferme, le temps confus n’a rien à faire et ne se compte plus précisément. Matin ou soir, jours incertains. La répétition quotidienne vide de sens toute discussion. Les rituels du langage remplacent par des formules cent fois dites, un lien qui s’effiloche. Au plus que passé de l’antérieur se conjuguent des passés troubles rééchelonnés bizarrement.

Le présent de l’indicatif ne précise plus rien souvent. C’est la discordance des temps. Restent pleurs et plaintes, cris et appels d’enfants vieillards qui supplient dans des coups de clairon dont la tristesse troue les tympans.

Tenir, attendre, rien et tout. De près ou de loin, dans le silence d’un rôle sans texte.

Le sommeil inutile clôt les échanges, au creux d’une phrase. L’autre continue de parler mais l’oreille s’est éteinte dans une petite mort de quelques rattrapée parfois avec aplomb mais souvent en rupture, cassure du sens.

L’oreille éteinte par des vacarmes mous, ces redites sans fin de mots qui se chevauchent. La radio les médias tricotent des écharpes sans fin qui ne tiennent pas chaud. Juste un vide béant des sens qui se défilent, phrases décolorées par des lavages excessifs. Les oreilles s’évitent ce bavardage inepte. Plus rien ne peut se rire, le vent laisse l’air doux sans odeurs et sans goûts.

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