LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots0681571560
letratag86@gmail.com

Fabricauteur ?

comme la Taupe le pissenlit trouve toujours une brèche...

Musiques des liens

Lier relier attacher souder emboîter ajuster coller fixer ficeler étreindre enrubanner ligoter assurer encorder ancrer accommoder river agripper coudre et assembler
La liste est longue des mots liens. Les mots chiens qui courent en tous sens sans forcément aboyer mais qui nous attirent nous retirent et nous soutirent sens et essences, vins fins de nos vanités ou de nos triomphes.
J’aime les chariots à roues carrées qui brinquebalent avec un bruit pénible. Il sont une prouesse du non sens et des errements des nos progrès humains.
Ils échappent à leur raison d’être et bruitent d’un rythme maîtrisable et insidieux les grands halls des centre commerciaux ou des aérogares. Si j’accélère si je varie mon pas, le bruit change et se module. Parfois je m’amuse à le caler sur les mouvement sonore de la personne qui me précède. Un jeu. Comme un tape du pied dans un gravier égaré sur le goudron léché d’une promenade de station balnéaire. Parfois plusieurs sons peuvent s’accorder ainsi mine de rien. L’autre jour un enfant qui tirait sa valise à roulette a bien perçu l’orchestration possible et a fait couiner les roulettes en agitant son bagage d’avant en arrière depuis son banc. Sa mère sans doute peu mélomane lui expédia un bourrade pour qu’il cessât aussitôt. Nous avions commencé un dialogue de crissements et de batterie des plus intéressants.

La pluie avait cessé et le chat ressortit...

Écrire des histoires expose aussi à rentrer dans les prosodies invisibles du quotidien au travers des bruits, des paroles répétées sur une gamme variée de tons et d’intensités. Une gare toujours, et au téléphone une femme qui répète dix ou douze fois au téléphone, parlant assez fort pour que le correspondant distant de cent kilomètres puisse entendre en direct « tout à fait c’est toi qui le dit ».
Cette phrase haletée, martelée, assénée, grondée, rappée, crépitait dans les airs. J’attendais la reprise de la contrebasse après ce solo vigoureux et varié. En vain.

 

Ecrire des histoires n’éloigne jamais de la musique. C’est une ligne floue et claire qui remue sans cesse : les silences des descriptions de chambres qui dorment, le reggae d’amants qui se caressent, le scat des bavards, la chaloupe des flamencos et de leurs amateurs.
La musique elle-même se charge d’histoires collées à elle par des millions de souvenirs, de rencontres de plaisirs et de drames. Noires pointées, blanches repues et croches coquines.

 

 

Raconter des histoires est une manière de rentrer dans la vie d’autrui, de se glisser entre les lignes de vie du lecteur, avec des fléchettes chamarrées et à sens multiples. Je n’aime pas les records, ni les réussites assurées. Chaque épisode est imparfait, comme toutes les histoires d’amour, de pluie, des villes et des champs. C’est un drame d’être gentil et consensuel au point d’être invisible sur les panneaux de papier peint. C’est difficile d’être grand, très grand, avec un point de vue en plongée sur les détails du monde, détails invisibles et donc inconnus des autres.
Chanter ou jouer de la musique aboutit aussi à des troubles qui simultanément peuvent agiter ceux qui chantent et jouent et les auditeurs. Moments délicats et féroces, à bas bruit. Au théâtre il est possible de rire. Pas au concert. Dans les histoires l’auteur a disparu derrière la couverture du livre.

Improviser avec des mots est une astuce et une liberté sous surveillance étroite. Si l’auditeur a de surcroît pu exiger de glisser quelques mots précis, le jeu devient complexe. Mais ravissant. Il y a le jeu de l’écriture des mots dans l’histoire écrite sur le champ et aussi le cadre du champ lui-même, où le lecteur voit la friandise se faire, comme le plat dans un restaurant asiatique où la gestuelle du cuisinier au dessus de sa plaque fumante fait partie du goût du plat dégusté.

Il y a des choix, il y a des matins et des couchers du jour bavards comme ces pies qui gambadent dans l’herbe en cherchant vivement la nouveauté d’une friandise au ras du sol.
Il y a des rencontres et des pertes, des possibles tricotés et défaits en quelques minutes, des liens serrés qui ne se défont plus, des ratés et des sourires méprisants :  il y a de tous entre les mots écrits, dits et lus. Des plages découvertes et reprises par les flots à chaque mouvement de la lune.

Laisser un commentaire

Archives