LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

De l’autre côté du monde épisode 1

Le vent s’est mis à balancer le monde, secouant arbres et gens dans de longues respirations bruyantes. L’air frais du sud rend l’air paisible et la chaleur supportable.

Questions de ce pays qui défient les règles de l’horticulture et de la géographie ordinaire. Enchevêtrement dans la superposition savante des végétaux des feuillages des fleurs qui se répondent, avec des teintes toujours adaptées, se complétant et garnissant des reliefs variés, des marais animés par d’étranges oiseaux au bec très long et au cul tout rond, des envolées rocheuses ou des crêtes herbeuses crénelées sur le ciel bleu par une dentelle d’arbres à la structure graphique d’une estampe japonaise., de rares routes et des chemins qui fument sous l’air brassé par bouffées. Soudain une vallée et des barres de roches brunes et jaunes, une succession de vagues rocheuses comme un mascaret qui remonterait le fleuve en laissant toutes ses vagues intactes et figées.

Enfant je dessinais des paysages à ma guise, rajoutant des montagnes aux cîmes et encore d’autres parfois pointues, parfois plates comme celle qui domine la ville au point qu’elle soit nommée « montagne de la table ».

Le ciel fait défiler ses plus beaux nuages venus de ‘Atlantique sud, de l’océan indien, très hauts, s’étirant sans cesse en tous sens, molécules gigantesque en transformation.

Un chien poursuit une pintade, un hibou me regarde du haut de l’immense pin. Ses parents et ses deux autres frères ou sœur sont très vigilants et viennent en fin de journée se poster pas loin, parfois à moins de deux mètres, sur une poutrelle de bois, au dessus presque de la table. Un écureuil gris fait ses petites affaires, grattant et croquant les deux pattes très actives et le geste vif, regard sans arrêt aux aguets car les cinq hiboux dorment encore car la nuit est loin mais l’instinct de méfiance envers les crochus est le plus fort. Parfois des canards au cou fin viennent fourrager dans les buissons alentours. Ils sont discrets et ne naviguent pas en escadrille comme les pintades ou les petites poules d’eau venues aux nouvelles. Ces canards volent très bien et vont parfois se poster à une quinzaine de mètres dans les pins immenses, pas loin des hiboux. Ils sont jaunes et gris avec des éléments rouges et bleus, magnifiques et élégants. Le bruit des vents est constant mais jamais identique. Les grandes feuilles des bananiers claquent parfois comme des drapeaux mais s’adaptent savamment en laissant le vent déchirer finement leurs feuilles afin de mieux lui résister. Chaque buisson, chaque arbre accueille ces vents à sa manière et avec un bruit différent. Les immenses yuccas, les plantes grasses sont muettes ou presque, les arbustes à fleur sifflent, chuintent, roucoulent, les arbres à grandes feuilles s’esclaffent parfois, les lauriers sifflent sous les bouffées, d’autres inconnus rugissent et se taisent. Tous ces végétaux ont leur rythme de réaction et cela donne une palette infinie d’accords musicaux, de craquements répétés et toujours différents, de grincements très fins ou de grosses branches qui se plaignent du peu de respect de cet agitateur.

Les pins immenses et les séquoia, les baobabs, sont souvent au dessus du vent et assument les basses continues dans cet orchestre qui fait valser les collines et les contreforts des montagnes cernant la ville, face aux océans.

Entre les haies mouvantes j’arrive à voir les robustes rangs de vigne qui attendent la vendange de fin février sans se faire de souci, lestés qu’ils sont de grappes déjà dodues. Le vent circule sur le coteau sans conséquences. La terre sèche illumine la vigne en captant dans un nuage de poussière les clins d’oeil du soleil intermittent

Les nuages se sont écartés et le soleil rallumé chauffe déjà le sable blanc couvert d’aiguilles de pin. Les odeurs changent avec la lumière. Demain la pluie m’en fera trouver d’autres, inconnues comme des goûts nouveaux.

L’eau est partout même si elle manque souvent. Les creux de vallées sont moussus, plein d’une végétation explosive et les palmiers, les bananiers tendent vers le ciel des flèches vertes et incongrues parfois, des doigts d’honneur aux destins parfois si funestes de ce pays. L’herbe semble pousser à vue, si l’eau est proche. Des tâches brûlées, des zones jaunies laissent les cailloux à nu, la terre y semble morte. Mais dès que de l’eau est présente, organisée ou spontanée, les couleurs, les arbres, les fleurs, tout explose avec une vigueur joyeuse qui donne envie de s’y réfugier d’attendre que la chaleur s’apaise un peu. L’eau est dans la terre, rarement dans les étangs ou les mares à sec. Le soleil d’ici n’est pas très compatible avec l’eau à ciel ouvert, qu’elle s’empresse de rejoindre à la fin de la saison hivernale. L’idée qu’ici le plein été soit le 25 décembre est assez surprenante mais bien réelle. La terre inverse les données, le vent froid vient du sud, le soleil est au nord mais toujours dans une course d’est en ouest. Tout ou presque est inversé dans cet univers de tête en bas. Mais n’est-ce pas les gens de l’autre hémisphère qui ont la tête en bas. Le haut c’est peut-être l’Antarctique et l’Europe une vieille histoire de prétention à monopoliser les points cardinaux en les hiérarchisant.

Trab

bidonville région de Capetown 2020

 

océan indien et atlantique métissés

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