LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

Un enregistrement ressort des images

Lorsqu’une voix posée au rebord des oreilles reparle des passés, des humeurs, des vieux jours.

Lorsque.

Cela surgit, repousse comme la menthe dans un jardin, avec une vigueur sereine. Etrange sensation que cette contraction, ce temps qui se concentre dans mon oreille. Sensation. Lorsque le vent se lève et refroidit le soir il reste une odeur chaude flottant auprès de moi.

C’est délicieux de découvrir une adresse enfouie dans la mémoire, avec les incertitudes et les approximations empoussiérées par le temps. Une adresse, au sens d’une destination, d’une oreille, voire deux, d’un regard qui reverra.

Une adresse comme on lance au vent une écharpe de soie qui ne finit jamais de flotter et de rebondir au ralenti le long d’une falaise. Les foulards ne tombent jamais jusqu’au sol depuis le sommet des tables de craie du Nord. Elle sont repoussées par les courants d’air que les vagues agitent en bas et se tordent lentement pendant des heures, dans un petit ballet qu’il ne faut pas rater. Cela demande de la patience. Souvent les promeneurs vexés de la perte irrémédiable de leur écharpe s’en retournent avant d’avoir attendu ce spectacle. Ils sont pris par la logique commune de l’attraction terrestre qui voudrait qu’un objet tombe de bas en haut. La malice des vents de falaise est complexe, déjouant ces fausses évidences. J’aime bien la science opportuniste des macareux ou des frégates qui profitent de ces courants invisibles pour planer à moindre effort, aux limites du vertige.

Le vertige. Celui qui envahit de délices, celui de la nausée, celui de l’inenvisageable devenant proche par le simple jeu des enclenchements de l’esprit. Le vertige aussi du temps qui se serre comme les plis cartonneux du soufflet d’un bandonéon. Portal étire son instrument et se replie dessus pour en tirer des sons magnifiques des phrases violentes et douces, des plaintes et des cris d’amour. Il comprime l’air captif et le fait miauler à la commande, sans aucune hésitation. Le vertige est dans ce cas d’un abord délicat, triomphant, presque étrange. J’écoute assis le vieux bonhomme devant moi, qui répète, les yeux fermés, en dehors de tout. Nous sommes seuls dans la loge immense de cette chapelle romane. Il joue et je suis en statue, prêt à m’égarer dans sa musique. Puis l’instrument change. Miche joue de tout. Il chauffe le sax soprano, la clarinette basse, la clarinette. Il jongle entre Piazzola et Bach, Mozart. Je suis très vite un goéland flottant au dessus d’Arguin, le bec tendu vers le large et le vent du montant.

Une voix qui surgit, des intonations, des mots et des tournures, un accent lissé un peu par l’éducation et les fonctions officielles. Une voix résurgente, petit filet d’eau calme entre deux touffes de sagine, sur le lit sec d’un gave. A Troumouse ou Ossau, ou au milieu des Landes. Peut-être derrière cette dune du Porge où j’allais cueillir des sussous, ces champignons très fins que nous mangions fricassés avec du confit de canard.

Une petite source à l’eau fraîche qui repeint cette matinée d’un soleil bleu et vif.

Lorsque.

 

 

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