LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

Raymond meccano du désordre

Il riait en jubilant de voir nos mines étonnées lorsqu’il commentait son rangement si particulier qui permettait à sa mémoire d’acoquiner un bout de métal à une histoire. Il parlait de sa « bibliothèque », parfois, faite de morceaux et de traces de mécaniques passées qu’il savait pouvoir remettre en vie. Il riait des tours qu’il nous faisait en reprécisant dans un détail l’usage d’un ressort issu d’un moteur qu’il avait démonté il y a plus de cinquante ans, pour un copain. Il riait comme les vagues se hâtant vers la plage et se bousculant dans des fracas blancs et mousseux. Il riait comme on trompette vers le ciel pour narguer les dieux des orages et faire tonner  un soir chaud. Il riait avec sérieux, pour tout, et glissait souvent des émotions très dures et fortes. Ses amours, sa jeunesse, ses parents, la guerre, les copains morts bien tôt. Son atelier, ses ateliers étaient des entassements, des sculptures sans fin, mais tout sauf un désordre.Tu manques souvent aux désordres figés et donc crétins de notre époque ! Reviens, c’était une blague de quitter tes copains ! On ne t’aidera surtout pas à ranger ! Mais on boira des vins doux, en écoutant ton rire ouvrir les nôtres.

un atelier de Raymond

 

 

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