LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

Mon amhibou de si loin
C’est terrible cette manie de faire crépiter à l’infini les appareils à image et de les remplir sans des sens dessus !
mon amhibou en plein jour

mon vieil ami d'afrique, Oeil rose le Hibou

Rangeant des images, pour en jeter quelques centaines, je retombe sur cette rencontre entre nos yeux, ce hibou que j’ai surnommé « oeil rose » et qui durant des jours, comme sa famille s’installe dans un grand pin, au dessus d’une maison où j’ai vécu quelques semaines. Tous les jours je le guettais, et il finissait par se montrer, au détour d’une branche, sur un rebord de toît, à même le sol lorsqu’il pourchassait un rongeur à croquer.

J’ai envisagé qu’il s’agissait d’un jeune en apprentissage de chasse au mulot, qui parfois raté sa piquée et rattrapait l’affaire au sol. Son étonnement calme et attentif m’a amusé et charmé. Il aimait bien me regarder aussi, incapable que je suis d’attraper une souris, ou de me confondre avec les ombres d’un grand arbre strié d’un soleil de plomb traversé de vents tièdes et agréables. L’Afrique calme et douce, en apparences. Deux voyages et il est toujours là, lui ou un de ses frères ou soeurs. J’aimerais bien que ce fut le même. Mais pour une histoire on peut tout prétendre. Ce que je fais.

Lors de mon premier retour en Europe, précipité, je n’ai pas eu le temps de lui dire que je partais. Car tous les matins nous discutions tous les deux. Lui avec son air de pas y toucher qui parfois piaillait un peu pour manifester à ses parents hauts perchés qu’il était là et hors de danger en train de parler à drôle de bestiole haute sur pattes, sans plumes ni poils et portant des lunettes . Moi ? un peu ridicule parfois je m’approchais de plus en plus, à moins d’un mètre, faisant accepter ma présence par un ton de voix régulier et des mouvements ne franchissant pas son périmètre supposé de sécurité ou de décence.

L’ayant abandonné lâchement j’ai essayé de me rattraper en lui écrivant une carte postale de France, avec des mouettes et des buses au dessus d’un marais de Gironde. Je pense que cette image lui a plu. Revenant l’année suivante à même époque je l’ai retrouvé et nous avons repris nos travaux d’approche. Nous parlions et parfois il me répondait par des petits cris aigus. Je restais aussi silencieux pour ne pas l’ennuyer et nous nous regardions en chiens de faïence, façon de parler !. Avec un puissant télé-objectif j’ai pu constater un matin que son nichoir était éclairé par le soleil, en plein. Des brindilles et des duvets garnissait une loge confortable et en regardant bien, juste à côté de pelotes de déjections entassées dans un recoin, une tâche blanche et colorée révélait un morceau de papier, une photographie sans doute.

J’ai ainsi eu la preuve que ma carte postale lui était bien arrivée, et que le jardinier lui avait montée dans ce trou du tronc qu’il connaissait bien sûr.

J’ai été envahi d’une émotion intense en pensant à milliers de kilomètres qu’une missive humaine sur papier cartonnée avait pu parcourir. Un petit rapace nocturne, rencontre de jour, avait pris le soin de se reposer la journée sur cette trace humaine d’une relation possible.

Il faut reconnaître que ce hibou exceptionnel ne m’a cependant pas répondu.

Comme il me l’a expliqué à sa façon plus tard, n’ayant pas mis mon adresse, et dormant la journée sur sa branche il ne pouvait aller à la Poste faire une recherche sur mon adresse. Depuis que j’ai cloué sur le tronc une planche de bois avec mon adresse internet, il m’arrive des messages parfois décousus que mon ordinateur range das les « spams » mais que je glisse soigneusement dans un dossier sauvegardé « oeil rose, échanges ».

Mais nos discussions personnelles ne vous regardent pas.

Je vais le retrouver sans doute bientôt, cet été  pour lui, en novembre ou décembre pour moi, hémisphères différents oblige.

 

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