LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

La musique et la vie qui danse

Défilé par la fenêtre sale. Le ciel s’éteint en pâle vers l’océan, au-delà des yeux. La musique m’agite les bras et les jambes malgré tout.

Une brume plate envahit la plaine, de l’autre côté du train c’est déjà nuit.

Les lumières sordides n’entament pas la finesse des teintes piquetées de lumières électriques, au loin dans ce pays qui s’enroule dans le soir calme.

Elle doit y être aussi, au milieu des humains, affairée à veiller au grain pour toutes choses. Penser et anticiper les problèmes, les petites souffrances des enfants, les imprévus qui ne manqueront pas de venir. Un travail de chorégraphe, d’organisation du temps de l’espace comme si le plateau de la vie se jouait en deux heures de ballet. Ne rien oublier qui fasse faux sens. De Metz à Rome elle n’avait de cesse d’envisager et de dessiner d’un geste limité des circulations, des césures dans des rythmes non envisagés.

Elle avait cette énergie, ce sens du plaisir de la commande, au sens de prévoir un déroulement qui accouche de grâces diverses et partageables avec les danseurs, l’équipe, les spectateurs bien sûr.

Comment pourrait- elle fixer dans son carnet gris les oscillations du train et cette course des lumières dans la nuit qui se déplie ? Il n’y a plus que des ombres et des reflets roses qui virent au mauve profond pour s’éteindre. Comme sans doute elle organise le plateau avec les choristes, empesés dans leur immobilisme traditionnel au milieu des corps libres qui libellulent de partout sur cette pièce de Ligeti.

Le rugissement d’un chanteur breton vient soudain dans mes oreilles. Une chanson irlandaise que Servat fait rugir de sa voix brûlante. Dès que le refrain s’envole et que les crachats rocaille des couplet cèdent le pas à la mélodie de l’espoir et de « freedom » des partisans, l’air se remplit d’odeurs de mûres et de vents salés, d’une gaîté grave et pleine de force.

Elle est parfois de même, lorsque ses mains dansent au dessus de son visage pour trompetter des remarques et des consignes qu’elle fait accepter par une phrase douce et coupante comme un massicot. La coupe est nette, le nouveau format tient bien mieux dans la main et sur le plateau.

Et moi dans ma cabine éclairée aux diodes, je le regarde nous organiser la vie, la vraie, celle de la musique et des corps qui n’errent plus. Ils se mélangent, comme des amants, tous les soirs, sur la scène, loin des chemins de la vie ordinaire, celle des heurts et des files d’attente, celle des destins amidonnés de banal et d’ennui.

Elle est de ces pays, loin des artistes maudits et des folklores de pavés de quartiers réservés aux esquisses d’un génie de rigueur. Elle est une terre promise, une simple ballade dans le jardin de l’air du temps des vieux temples d’antan. Elle est le vent, son soupir, sa tiédeur.

les notes habitent là ?

 

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