LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

Lettre envisagée avec sourire

Lettre envisagée et réécrite avec sourire.

Tu as continué tes vagabondages balisant tes chemins de poésies, rêves, rébellions, chroniques etc. en les catégorisant en tas de petits cailloux comme un guide touristique, te retournant vers d’anciens tas comme pour les préserver de l’érosion et vérifier leur résistance au temps. Ils jalonnaient ta vie bien avant que je me glisse dans son sillage, ses bras et draps. Des mots et émotions, des rivières qui ne s’emprisonnent pas, filent toujours entre les doigts et irriguent en amont et en aval des histoires.

sous rire de pierre n’amasse pas mousse

 

Les odeurs s’inspirent des effluves, des calcaires, des cailloux et bois, les caressant, les brusquant, les révélant, les emportant au passage dans des fracas jamais indifférents. Courants tantôt doux ou fougueux, des filets de murmures entre les herbes, des infiltrations silencieuses dans le sable. Que l’on soit ruisseau, caillou, herbe folle ou bois flotté, c’est dans ce partage sous le souffle des vents que tout s’anime, que tout s’exalte et que la vie continue son cours dans autant de refrains que de méandres. Des histoires comme un tableau chez Magritte ou un tableau à double cadre, un miroir qui se voile dans les histoires. Enchanteur et démystificateur et nous voilà sous le charme, dans le piège de ce paradoxe.

Des mélopées en ver d’oreille, une musique de fond en tapisserie aux rêves, parfois trop obsédante, irritante, à me grignoter le cerveau, à me trouer le tympan et tomber en chute libre dans une tête vide. Un ver crevant de faim dans le néant ou mourant au contraire dans une indigestion de mes mots.
Difficile mais douce illusion que de dénicher un restaurant aux mille étoiles sans plat du jour , n’offrant que des menus à la carte ou des créations culinaires mijotées sur le vif avec les ingrédients de l’instant, avec l’imprévu et l’insolite du partage. Et puis bien-sûr des chandelles pour l’ambiance qui n’éclaireraient qu’une seule table à la fois. Elles ne donneraient en pâture non pas des ombres chinoises ou des images floutées où chacun pourrait reconnaître un signe de son profil mais une certitude de se mirer juste l’espace d’un regard, d’une étincelle, dans le même halo de lumière.
Voilà que je me suis égaré dans mes broussailles, emberlificoté comme souvent dans le touffu d’une forêt que j’invente au fur et à mesure de mon avancée, sur un chemin qui se referme sans cesse sur mes pas.

Pas grave, c’est ce foutu ver qui s’insinue dans ma pomme pour s’attaquer à la raison. On ne voit quasiment rien de l’extérieur, sa surface est lisse et bien comme il faut, à peine un peu talée. Je la sens cependant encore bien accrochée à sa branche, à l’abri, cachée derrière un feuillage, osant de temps en temps risquer un oeil vers l’horizon dévoilé dans un coup de vent. Espace qui l’effraie, bien trop vaste pour elle. Elle se confine dans la tranquillité des frondaisons, imaginant ainsi voir le monde de plus haut et elle attend, quitte à flétrir sur place en compagnie de son petit ver. Parfois, il est vrai, elle espérerait tant être cueillie mais il suffit que des mains s’approchent et la voilà à se terrer, immobile et invisible tel un phasme sur sa tige.

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