LE FABRICAUTEUR Ici habite un marchand d'histoires entre images et mots

Un enfant s’adapte et s’adopte.

Un petit air léger traverse les rideaux et emporte partout la musique tranquille et douce qui me réveille lentement. L’agitation est partout, comme si des sauterelles glapissaient derrière des vitres. Je n’écoute plus rien, je suis partie très loin, au delà de la mer, vers les montagnes immenses et les plaines sans fin.
Il y a là-bas une petite boule chaude et tendre qui ne sait pas sans doute et qui attend pourtant, qui sentira un jour et se calera contre un corps doux et chaud, ému, dans quelques semaines. Un enfant comme les autres, venu de si loin, arrivant dans ce monde comme venu du fond de la galaxie. 
Rêver d’océan et de glisser sans hâte sur le miroir d’acier vers l’est et le sud, vers un point si précis qu’il tiendra dans quelques bras, entre deux humains ravis et désemparés, émus et terrorisés par l’enjeu et la magie subite, affichée sans trucage, pour de vrai, là. Maintenant et bientôt.
Pour un million de fois j’ai regardé au loin, emprunté des chemins et des mots de traverse, gratté à pleines mains le sol dur de mes nuits pour y chercher de l’eau, retrouver les racines qui m’attachent à ma terre et me laissent voler. La terre on y revient et on en part, toujours rattaché, jamais lié à mort. Je veux. La vie de la petite boule a commencé si loin et va se vivre ici, au milieu des regards apprenant à l’aimer, dans une langue étrange qu’elle aura aux oreilles, mélopées d’un ailleurs devenu le présent. Elle va changer la vie et la couleur des murs, arroser d’imprévus les tracas aujourd’hui, illusoires demain au travers de ses yeux. Porter est une chance de savoir si le dos supporte. Et il supporte toujours, adaptant ses douleurs supportant des misères jamais envisagées. C’est délicieux d’entendre un enfant parler dans le noir à ses compagnons du réveil, ces êtres mystérieux que nul parent n’a jamais vu, discrets et toujours là, invisibles pour nous. D’abord on accueille ensuite on découvre, enfin on adopte. Bien sûr la loi est différente, et impose des cadres de non retours.

C’est logique : la vie n’est pas un objet échangeable en caisse !
Un petit air léger a refroidi mon dos. J’ai refermé sans bruit pour ne pas le froisser. La musique remplit la pièce et mes yeux partent rêver, un peu tranquilles avant des furies proches que j’attends d’un pied calme.

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